Raphaël Glucksmann : beaucoup de bruit pour 0,3 % des élus de gauche aux municipales

Depuis les résultats du premier tour des municipales, le patron de Place publique écume plateaux télé et réseaux sociaux pour imposer son récit : aucune alliance avec LFI. Il est, en revanche, bien plus discret sur les (faibles) résultats des représentants de son parti.

Pierre Jequier-Zalc  et  Basile Roth  • 20 mars 2026
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Raphaël Glucksmann : beaucoup de bruit pour 0,3 % des élus de gauche aux municipales
Raphaël Glucksmann, le soir du premier tour des municipales, sur le plateau de TF1
© Capture d'écran TF1

Il est l’un des premiers à avoir pris la parole. Il est à peine plus de 20 heures que Raphaël Glucksmann, ce dimanche 15 mars, apparaît sur TF1. « Il n’y aura aucun candidat de Place publique sur des listes de gauche fusionnées avec LFI », assure le très médiatique leader de Place publique (PP). La plupart des bureaux de vote des grandes villes viennent de fermer. Les premiers résultats dans celles-ci ne tomberont qu’une grosse heure plus tard.

Mais peu importe. Pour l’eurodéputé, l’enjeu n’est pas là. Il faut imposer son récit, alors que le très bon score de David Guiraud (LFI) à Roubaix laisse présager une percée du parti de Jean-Luc Mélenchon, qu’il honnit. En prenant la parole le premier, il donne le ton de cette soirée électorale. Rapidement, Marine Tondelier, numéro 1 des Écologistes, qualifie la sortie de Glucksmann de « hors sol ». Chaque personnalité de gauche doit alors réagir à cette position nationale, faisant fi des différentes réalités locales.

Sur le même sujet : À gauche, des accords pour décrocher la victoire

À gauche, le débat de l’entre-deux tours est structuré : faut-il faire des alliances avec LFI ? Depuis cette première prise de parole, par le biais d’interventions médiatiques ou sur les réseaux sociaux, Raphaël Glucksmann continue son combat. Il se félicite des listes refusant les mains tendues de LFI, et blâme les autres, sanctionnant immédiatement les membres de son parti ayant topé avec l’ennemi suprême du député européen.

En revanche, on ne l’entend que très peu – si ce n’est pas du tout – sur les résultats de son parti lors du premier tour de ces municipales. Politis a étudié en détail les résultats de l’ensemble des candidats de Place publique lors de ce scrutin.

Aucune liste étiquetée Place publique

Au milieu de 2025, le parti avait annoncé se lancer dans la bataille des municipales. « Du Parlement européen aux communes françaises : c’est avec la même conviction que nous servirons l’intérêt général », expliquait alors Aurore Lalucq, coprésidente de PP. Une liste de près de 400 « chef.fe.s de file » était présentée. Pour ceux-ci, l’objectif est de construire localement l’implantation du parti, qui s’appuie sur l’aura médiatique de son leader, et sur ses résultats aux dernières élections européennes.

PP a préféré placer des candidats dans des listes, notamment divers gauche.

Mais du Parlement européen à l’implantation locale, il y a un pas que Place publique n’a pas franchement réussi à franchir. Premier constat : pour ce scrutin, aucune liste n’a été étiquetée Place publique, contrairement aux autres grands partis de gauche (LFI, PCF, Écologistes, PS). Autrement dit, plutôt que présenter des listes « en entier », PP a préféré placer des candidats dans des listes, notamment divers gauche, et d’union de gauche hors LFI.

Peu nombreux et dans des petites villes : les maires Place publique élus au 1er tour

Aide à la lecture : résultats à l’issue du 1er tour des élections municipales 2026. En haut, un zoom sur la couleur politique des 33 305 communes dont le maire a été élu au 1er tour. En bas, la taille de la bulle est proportionnelle à la population de la ville (Saint-Denis a été ajoutée à titre de comparaison).

Place publique a remporté cinq mairies au 1er tour

Sans étiquette / Reste
Autres partis
Gauche
Place publique

Des victoires dans de (toutes) petites communes

En tout, ce sont près 570 candidats Place publique qui ont été présentés dans des listes pour le premier tour. Un chiffre déjà bien maigre quand on compare aux 10 530 candidats – soit 18 fois plus que la formation glucksmanienne, qu’a présenté LFI. Ce chiffre se réduit aussi à peau de chagrin quand on regarde les candidats tête de liste.

Seules 25 têtes de listes Place publique, sur les quelque 35 000 communes que comporte le territoire français, ont été présentées au premier tour. Parmi elles, cinq l’ont emporté dès le premier tour. Pour quatre de ces victoires, ce sont des communes de moins de 5 000 habitants.

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En effet, sur lesdites têtes de liste PP, seules 15 se présentent dans des communes de plus de 10 000 habitants (voir graphique ci-dessous). Dans le détail, les résultats du premier tour dans ces communes ne sont guère flatteurs. Dans dix d’entre elles, la tête de liste Place publique n’arrive pas à se hisser au second tour. C’est notamment le cas dans les trois plus importantes communes dans laquelle Place publique présentait une tête de liste – Grenoble, Perpignan et Asnières-sur-Seine.

Résultats des têtes de listes Place publique dans les villes de plus de 10 000 habitants

Aide à la lecture : la longueur de la ligne indique le score de la liste au 1er tour (en %). La taille de la bulle est proportionnelle à la population de la ville.

Seul au Pont-de-Claix (Isère), 10 800 habitants, la tête de liste PP a été élue dès le premier tour, sans adversité. Pour les quatre restants au second tour, les chances de victoire sont compliquées, du fait du refus de toute alliance avec La France insoumise. C’est notamment le cas à Saint-Brieuc (Côtes d’Armor), une ville que la droite pourrait emporter du fait de la division à gauche.

Très peu de conseillers municipaux au premier tour

Outre les têtes de listes, Place publique n’a eu que très peu d’élus dans des conseils municipaux lors de ce premier tour : 62 en tout. À titre de comparaison, les listes étiquetées du Parti communiste français (PCF) ont, elles, obtenu 469 élus dès le premier tour – et cela, sans inclure tous les élus du parti figurant dans des listes d’union des gauches.

0,3 % : au sein des conseils municipaux à l’issue du 1er tour, l’infime représentation de Place publique à gauche

Aide à la lecture : répartition politique des 469 338 conseillers municipaux élus dès le 1er tour. En rose, un zoom sur les élus de gauche.

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Pis, les listes catégorisées d’extrême gauche (Lutte ouvrière, Révolution permanente, NPA-R, mais pas LFI…) ont obtenu 59 élus, soit quasiment la même performance que Place publique. Mais avec une présence médiatique très inférieure. Si on prend l’ensemble des élus de gauche au premier tour, Place publique ne représente que 0,3 % de ceux-ci.

Comme le montre notre graphique ci-dessous, une tendance se dégage nettement au sein de ces élus. Quand ils font parties de la majorité municipale, les représentants de Place publique ne figurent que très rarement dans les premiers de la liste élue. Dans les villes de plus de 30 000 habitants dans lesquelles la liste soutenue par PP l’a emporté dès le premier tour, son ou ses représentants ne figurent jamais dans les cinq premiers de la liste. Une relégation que les résultats du second tour ne devraient guère bouleverser.

Place publique aux municipales : des élus rarement bien placés dans les grandes villes

Aide à la lecture : chaque point représente un élu Place publique au conseil municipal. L’axe horizontal indique la taille de la ville, l’axe vertical sa position sur la liste. Les nuances de jaune indiquent si l’élu siège dans la majorité ou dans l’opposition.

Hormis Saint-Brieuc où une victoire de la tête de liste peut encore être possible, dans les communes de plus de 30 000 habitants, les potentiels élus PP figureront assez loin dans les listes. Pourtant, une chose est déjà certaine : le soir du second tour, Place publique et son leader, Raphaël Glucksmann, ne seront pas relégués sur les plateaux télés.

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