Les « fous de la mer »
Sur le millier de clandestins qui ont rallié l’Espagne depuis le début
du mois de mai, la plupart sont sénégalais. Reportage dans la banlieue de Dakar, où les jeunes tapent le ballon en fixant le large.
dans l’hebdo N° 959 Acheter ce numéro

Plage de Hann, banlieue de Dakar, 17 heures. Souleymane tape le ballon en plaisantant, tuant la fin de l'après-midi avant la prière. La température frise les 35 degrés. Mis à part les quelques coups de marteaux répétés provenant du chantier de construction naval à côté, seule la mer, avec ses vagues, vient ponctuer les cris des petits footballeurs. Fils de pêcheur, Souleymane passe ses journées à traîner le long de la plage, où l'on débarque le poisson. « Ici, il n'y a rien à faire. Je ne veux pas rester à la charge de mon père toute ma vie » , répète-t-il en regardant vers le large. À 18 ans, célibataire, il est encore considéré comme un gamin, un petit à qui on donne une pièce en échange de quelques services. Il ne sera pas pêcheur comme son père, en raison de la crise économique qui frappe le secteur. Alors partir, il y pense sans cesse, même si sa famille se refuse, pour le moment, à lui donner l'argent du voyage. Le voyage de tous les risques.
Des candidats à l’émigration, aux Canaries. MARTIN/AFP
Deux mois ferme, c'est le verdict que le tribunal de Thiès a rendu début mai à l'encontre de deux jeunes Sénégalais arrêtés à Mboro, un port de pêche situé sur la côte à une centaine de kilomètres de Dakar. Leur délit~: s'être préparés à émigrer clandestinement. Fin avril, c'est à Saint-Louis que la police sénégalaise, avertie d'allers et venues suspectes
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