Et ailleurs en Europe ?

Contrairement à l’Angleterre, la France peine à décider d’une politique volontariste. Mais sa mobilisation citoyenne est exemplaire dans l’Union.

Ingrid Merckx  • 22 novembre 2007 abonné·es

Pas question d’effectuer un classement européen des pays les moins mauvais en matière de lutte contre l’exclusion. Chacun a ses spécificités. Mais le nombre de sans-abri reste inquiétant partout. « Et il est en forte augmentation en Grèce et en Europe de l’Est, précise Freek Spinnewijn, directeur de la Fédération européenne des associations travaillant avec les sans-abri (FEANTSA), une ONG installée à Bruxelles *. Dans les pays de l’Est, le problème est récent, les autorités publiques ne savent pas quoi faire : sous les régimes communistes, les sans-abri étaient criminalisés, ils se cachaient. Depuis une quinzaine d’années, ils sont beaucoup plus visibles. »*

Les sociétés du Nord de l’Europe résistent mieux à l’exclusion, à en croire Nicole Maestracci, présidente de la Fnars, parce qu’elles ont un système de protection sociale très intégré à leur système économique, avec une fiscalité assez forte mais en même temps acceptée par l’ensemble de la société, qui en mesure les bénéfices. « Il y a dans ces pays une sorte de consensus autour de l’idée que, pour que les gens aillent bien, il faut faire un important effort budgétaire qui bénéficiera à tous » , explique-t-elle. Le système danois, par exemple, associe un contrôle assez contraignant pour les chômeurs et un accompagnement social et professionnel vers l’emploi incluant l’exigence de formation. Dans les pays du Sud, la situation est plus contrastée : les solidarités familiales y sont plus importantes, mais il existe aussi de grandes poches de pauvreté.

« Il n’y a pas de pays modèle : l’objectif, c’est d’aller chercher dans chacun ce qui fonctionne le mieux, explique Nicole Maestracci. En sachant que les politiques publiques ne sont jamais transposables intégralement. » Comment demander à un nouvel entrant tel que la Roumanie de débloquer 220 millions d’euros pour un plan d’action ? C’est pourtant la somme que le gouvernement de Tony Blair a confiée en 1998 à la Rough Sleppers Unit (RSU), chargée de coordonner la Rough Sleepers Strategy (RSS), visant à réduire de deux tiers en cinq ans le nombre de sans-abri dans le pays. Si les résultats chiffrés (1 850 sans-abri répertoriés en 1998 contre 550 en 2001) sont contestés ­ il est difficile de compter les sans-abri, mais assez facile de les chasser de la rue la veille d’un recensement ­, les structures sociales britanniques constatent un net recul du « homelesness ». « À ne pas confondre avec un progrès de l’intégration » , modère Freek Spinnewijn. Reste que cette politique volontariste fait figure d’exemple dans l’Union : « Les Britanniques ont su définir des politiques publiques ciblées, se sont fixé des objectifs chiffrés et les ont réalisés » , résume Nicole Maestracci.

Pourquoi la France peine-t-elle à en faire autant ? « L’État finance des associations, ce qui est une forme de politique publique, concède Freek Spinnewijn *. Mais il n’y a pas de politique ciblée en France. L’urgence sociale, qui s’est développée comme un secteur à part, est presque devenue un « service », d’où un manque de fluidité avec les autres secteurs du social* . Et puis l’annonce d’objectifs impossibles à tenir vient finalement renforcer la faillite. Il en faudrait de plus modestes, mais qui soient réalisables. L’exclusion n’est pas une fatalité ! L’exemple de l’Angleterre prouve qu’il est possible de prendre des mesures donnant des résultats rapidement. Mais il faut le courage politique de le faire. Et ce courage manque partout. » Y compris au niveau de l’Union, où il existe une stratégie pour combattre l’exclusion sociale, mais pas de politique commune. « Les députés européens sont peu sensibilisés au problème » , déplore Freek Spinnewijn. Contrairement à l’opinion publique française : la mobilisation citoyenne, notamment autour des Enfants de Don Quichotte, impressionne dans les autres pays d’Europe. D’après un rapport, publié en septembre, de l’Eurobaromètre, consacré à la pauvreté et à l’exclusion, 13 % des Français pensent qu’ils pourraient devenir un jour SDF, contre 1 % dans le reste de l’Union. C’est le score le plus élevé. « Pourtant, les Français ne sont pas plus vulnérables que les autres, fait valoir Freek Spinnewijn. Seulement, ils sont plus conscients. » Raison pour laquelle la France doit, selon lui, prendre une position de leader sur le sujet. Comme la présidence de l’Union lui reviendra au deuxième semestre 2008, l’occasion est trouvée. D’ailleurs, le haut commissaire aux Solidarités actives s’y est engagé.

Société
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