De la crise financière à la crise sociale

Les faillites des banques américaines et les pertes vertigineuses
de certaines banques européennes paraissent bien éloignées
de notre quotidien. Erreur !

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Qui n'a pas vu ces images ? Des rues désertes, des maisons aux volets clos, parfois recouverts d'une plaque de bois scellée. Des écriteaux implorant les pilleurs de ne pas accomplir leur funeste besogne. Le quartier de Slavic Village, à Cleveland (Ohio), est l'épicentre de la crise des « subprimes ». On y compte plus de huit cents maisons vides. Pendant plusieurs mois, les huissiers se sont relayés pour expulser à tour de bras. Un jour, ils ont atteint le rendement maximum de 241 expulsions entre l'aube et le crépuscule. Aux enchères, les maisons revendues par les banques ne valent plus qu'une bouchée de pain. Trente mille dollars, parfois moins. Ici, dans cet état industriel du nord des États-Unis, jadis centre de la sidérurgie et de la pétrochimie, on ne se pose plus la question de savoir si la crise financière va déboucher sur une crise économique et sociale. On ne se demande plus si l'on est à la veille d'une nouvelle crise de 1929 ou pas. Il y a plusieurs mois déjà que la crise frappe les plus pauvres, les Noirs, les femmes seules...

Illustration - De la crise financière à la crise sociale
Des propriétaires dont les maisons sont saisies manifestent devant le siège d’une agence de prêts, en Floride, en septembre 2007. RAEDLE/AFP

Soit. Mais lorsqu'on évoque la grande crise des années 1930, on pense surtout aux conséquences mondiales. On pense aux longues files d'attente devant les échoppes de soupe populaire en Allemagne. Sommes-nous à la veille d'un séisme social de cette envergure ? L'histoire ne se répète jamais à l'identique. Mais nul ne conteste plus aujourd'hui que la crise financière débouche sur une crise économique. C'est-à-dire sur l'économie réelle.

Celle-ci pourrait faire suite à de nouvelles faillites de banques aux États-Unis. La cinquième banque d'affaire américaine, la Bear Stearns a été sauvée in extremis dimanche dernier en étant rachetée par JPMorgan, elle-même grassement financée par la Federal Reserve Bank, la banque centrale américaine. D'autres sont sous la menace. Et la « FED » ne pourra éternellement intervenir en faisant marcher la planche à billets. Il pourrait alors se produire un effet domino qui n'épargnerait pas les banques européennes et françaises. Certaines ont déjà été durement touchées. Ce qui entraînerait une crise du crédit et des liquidités. Mais, d'ores et déjà, les économies européennes sont affectées. Ne serait-ce que par les dispositions restrictives décidées par les banques pour se protéger. En France, elles se montrent encore plus sélectives que dans des conjonctures plus favorables. Selon une enquête de la Banque de France auprès des banques, « les critères d'octroi (de crédits) ont été nettement resserrés au dernier trimestre 2007 ». Le taux de refus est passé à 8 % en janvier, contre 3 % en juillet 2007. Le montant des prêts a chuté de 12 à 15 % en janvier.

Il s'agit d'une sorte d'«effet subprimes» à l'envers. Par prudence, et en prévision de difficultés futures, les banques refusent des crédits. Ce qui peut entraîner de graves difficultés pour des entreprises. Par ailleurs, la crise américaine a déjà des effets dévastateurs de ce côté-ci de l'Atlantique. L'envolée de l'euro par rapport au dollar pénalise durement les secteurs qui travaillent beaucoup à l'exportation. Et principalement dans la zone dollar. C'est le cas, par exemple, pour l'aéronautique. Au point que de grandes entreprises n'excluent pas des délocalisations qui leur permettraient de rattraper sur les salaires les pertes consécutives à la dévaluation du dollar par rapport à l'euro. Il n'est pas difficile de voir dans ces conditions les multiples conséquences sociales qui rejaillissent en Europe. Sur l'emploi et le pouvoir d'achat. Et cela sans retenir pour l'instant l'hypothèse d'un séisme bancaire qui reste toujours possible.


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