« Les OGM contre la faim ? Un leurre ! »

Pour Marc Dufumier, professeur d’agronomie comparée à l’AgroParistech, les firmes biotechnologiques nous trompent en répétant que les OGM peuvent résoudre le problème de la faim.

Patrick Piro  • 17 avril 2008 abonné·es

Sur fond de menace de crise alimentaire, les tenants des OGM redonnent de la voix. Avec de nouveaux arguments ?

Marc Dufumier : Je n’en crois pas un mot. Les firmes biotechnologiques investissent des sommes considérables, elles en attendent la rentabilisation en déposant des brevets. Elles font signer des contrats obligeant les agriculteurs à racheter leurs semences transgéniques tous les ans et les pesticides qui fonctionnent avec, etc. Tout cela s’adresse à un marché solvable! Quel agriculteur pauvre peut se payer cet attirail technologique? Ce sont les clients latifundiaires du Brésil, d’Argentine, et ceux du Canada qui intéressent Monsanto et les autres, pas le paysan haïtien qui meurt de faim.

On parle d’OGM de deuxième génération, résistant au stress hydrique ou poussant sur des sols salés…

C’est un leurre, un produit d’appel séduisant, mais on les attend toujours, ces plantes miracles. En effet, si la résistance à un pesticide dépend d’un gène unique, une fonction complexe comme la capacité à pousser dans un milieu salin fait intervenir de multiples gènes. On s’est même aperçu que la durée de mise au point de ces plantes risque de dépasser la date d’obsolescence des brevets! Je soupçonne donc les multinationales de s’en désintéresser. Un exemple: elles ont cédé leurs brevets sur le riz doré, cette variété enrichie en vitamineA, dont la mise au point tarde, et dont le rendement pourrait être décevant. Pour combattre les carences en vitamineA, il est plus efficace d’ajouter des tomates ou de l’huile palme dans l’assiette de riz…

L’augmentation des rendements des OGM a longtemps été une promesse. La question est-elle tranchée ?

Oui: aucune culture génétiquement modifiée n’a vu ses rendements augmentés, et c’est admis. D’abord parce que ce n’est pas leur objectif. Les gènes modifiés visent à faire produire un insecticide par la plante ou à induire chez elle une résistance à un herbicide. Ensuite, parce que c’est une erreur de croire à la génétique pour améliorer les rendements, comme s’il s’agissait d’un facteur limitant. La solution est avant tout agronomique ­polycultures associées, haies protectrices, création de microclimats plus humides dans les champs, etc. Bref, une agriculture «agroécologiquement intensive», dont les performances sont largement prouvées.

Du reste, on confond souvent rendement à l’hectare et accroissement de la productivité : oui, les OGM peuvent diminuer les coûts pour l’agriculteur ­aspersions de pesticides réduites, etc. Mais la contrepartie, dans les pays du Sud, c’est la destruction d’emplois agricoles, plus de paysans sans terre, et… l’augmentation de la faim! Et puis les avantages initiaux finissent par disparaître, quand apparaissent des herbes ou des agresseurs résistants aux pesticides. Il faut alors augmenter les doses, et les gains sur les coûts sont annulés.

Écologie
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