Les Échos de la semaine

Politis  • 15 mai 2008 abonné·es

Le code et les fichiers
Qu’Olivier Besancenot fasse l’objet de la curiosité inquisitoriale d’une officine de renseignement privée ne surprend pas. Plus intéressant, en revanche : cette « agence » de renseignement a pu se procurer des informations très précises sur la vie et l’intimité du porte-parole de la LCR alors qu’elle a échoué, paraît-il, à trouver… le code de son immeuble ! Cela prouve que les détectives privés, professionnellement reconnus par une loi sur la sécurité intérieure de 2003 et bénéficiant d’un diplôme délivré au centre universitaire d’Assas, ont facilement accès aux fichiers de police grâce au Système de traitement des infractions constatées (Stic) de la police et à ses annexes plus ou moins avouées. En y mettant le prix, et en demandant à un policier habilité à consulter le fichier Stic de glisser une demande d’information dans le cadre d’une procédure ordinaire. Il suffit, c’est le cas d’au moins 80 000 policiers, de disposer d’un code d’identification.
À Nice, à Versailles, à Marseille, pour les affaires qui n’ont pas été étouffées, des policiers de rang subalterne, des agents de la Police aux frontières ou des officiers se sont fait prendre pour avoir abusé du commerce des informations ; des gendarmes, aussi, qui ont accès au fichier Judex. Ce commerce se développe au profit des agences de détectives, des banques, des assurances ou des employeurs. Récemment, un commissaire de police de la brigade financière, Patrick Moigne, a été mis en examen et suspendu de ses fonctions parce qu’il est soupçonné de s’être adonné à un profitable trafic d’informations. Il avait tellement exagéré, certain de l’impunité, qu’un juge a fini par s’apercevoir que trop de consultations n’étaient pas reliées à des procédures en cours. L’instruction risque de s’éterniser…
Ces consultations illégales sont graves, mais, surtout, elles permettent un accès à des fichiers dans lesquels sont mélangés sans distinction des informations sur les témoins, les victimes et les présumés délinquants. Y compris lorsque les affaires sont classées sans suite.
CLAUDE-MARIE VADROT

ICI…

Un mouvement en cache un autre
Dès le lendemain de la manif des enseignants, lycéens et fonctionnaires de l’État, un autre mouvement lui succédera. Les personnels des caisses primaires d’assurance-maladie rejoindront, vendredi 16 mai, le mouvement lancé par le Collectif national contre les franchises médicales. Réunissant plusieurs dizaines d’organisations syndicales et de médecins, ainsi que les partis de gauche, le collectif revendique une pétition signée par plus de 600 000 personnes demandant le retrait des franchises mises en place depuis le 1er janvier. Ça commence à faire beaucoup !

Petit !
Le 7 mai, Nicolas Sarkozy, devant quelque 260 députés UMP conviés à l’Élysée pour le premier anniversaire de son élection, s’est comparé à ses prédécesseurs. Pour souligner qu’il avait mis peu de temps à imposer ses idées, contrairement à François Mitterrand et à sa longue quête du pouvoir, et « à Jacques Chirac, qui a mis vingt et un ans à se faire élire » . « Moi, je l’ai été du premier coup » , s’est-il vanté avant de résumer ainsi le bilan de Chirac : « Il a fait une réforme et demie ; son premier septennat s’est arrêté en décembre 1995 sur un recul sur la réforme des régimes spéciaux. Moi, je n’ai pas l’obsession de durer, et je mène tout de front. » Jugeant le procédé assez petit pour un chef d’État, les chiraquiens ont toussé.

Des parlementaires en HLM
Une circulaire de l’Assemblée nationale datée du 30 avril propose aux députés une offre de logement social de l’Opac Paris à un loyer très avantageux. Publiée il y a quelques jours par le site Rue89.com, l’information a été reprise par le Parisien (7 mai) et l’AFP, et a rapidement été démentie par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, précisant qu’aucune attribution de logement social ne peut bénéficier à un parlementaire. La circulaire a pourtant été signée de trois députés questeurs, sorte de grands argentiers du Palais-Bourbon. Il s’agit de Philippe Briand (UMP), Richard Mallié (UMP) et Marylise Lebranchu (PS). Ils ont sans doute été victimes d’une hallucination collective…

LE CHIFFRE

4 500 postes seront supprimés d’ici à 2012, a annoncé le groupe Caisse d’épargne. « Nous avions déjà annoncé ces risques de suppressions de postes, et les contraintes dues à la banalisation du Livret A sont un accélérateur de ce projet » , a ajouté une porte-parole de la banque. En effet, le projet de loi dit de « modernisation de l’économie » prévoit une cascade de dispositions très libérales, dont l’une des plus symboliques est la remise en cause du monopole de la distribution du Livret A. Or, selon les premières estimations annoncées par Christine Lagarde, ministre de l’Économie, les mesures « doivent générer à partir de 2009, au moins 0,3 % de croissance et 50 000 emplois par an » . C’est mal barré…

EN DEUX MOTS…

Avec son défilé de missiles et de chars, la doublette du Kremlin a surtout réussi à défoncer les rues de Moscou. Avouons que ça vaut mieux que celles de Budapest ou de Prague.
Olivier Brisson

Finkielkraut/68 : seuls les Anciens ont la parole !
Samedi dernier, Alain Finkielkraut sur France Culture célébrait, en direct depuis l’Odéon, « l’extraordinaire libération de la parole » intervenue en 68. Jusqu’au moment où un groupe d’activistes contre les centres de rétention surgit sur la scène du théâtre pour lire un communiqué. Dépité, Finky dut se résoudre à laisser le micro quelques minutes… pour se voir traiter de « croque-mort enterrant la révolte de 68 » ! L’intellectuel médiatique explosa alors, rappelant (modestement) qu’ « à la différence de ces gens, nous nous étions posés, nous en 68, la question du sens » et, surtout, que « l’antiracisme » était le terrorisme intellectuel d’aujourd’hui. Chut, Finky !

…ET AILLEURS

Le nouveau visage de Rome
Alors que le nouveau maire de Rome, le post-fasciste Gianni Alemanno, vient d’entrer en fonction, la presse italienne se fait l’écho, depuis plusieurs jours, des vives inquiétudes des associations œuvrant en direction de personnes défavorisées, usagers de drogues, étrangers ou nomades, concernant le maintien de leurs subventions accordées par la municipalité. À juste raison puisque le nouvel édile a demandé son aide au gouvernement Berlusconi, à peine installé lui aussi, en exigeant au plus vite 20 000 expulsions d’étrangers, notamment de Roumains (des citoyens européens !), provoquant même les protestations officielles du gouvernement roumain. La Cité éternelle se présente désormais sous son plus mauvais profil.

Les pro-Milosevic, arbitres en Serbie
Il était prématuré d’affirmer, mardi matin, que les Serbes avaient choisi l’intégration à l’Union européenne en donnant la victoire aux pro-Européens du président Boris Tadic aux législatives. Le Parti démocratique arrive certes en tête avec 38,8 % contre 29,2 % au Parti radical serbe (SRS, ultranationaliste), mais il ne disposerait que de 103 sièges au Parlement sur un total de 250. Le SRS, qui en obtiendrait 77, peut compter sur le soutien du parti du Premier ministre sortant, Vojislav Kostunica (30 sièges), dont le nationalisme s’est renforcé depuis l’indépendance du Kosovo. Et c’est, paradoxalement, le Parti socialiste du défunt Milosevic qui, avec 20 sièges, se retrouve en position d’arbitre.

VU !

« La représentation médiatique, je n’y ai toujours pas pris goût. »
La confession d’Olivier Besancenot, sur les canapés rouges de « Vivement dimanche », avait quelque chose d’irréel. Car qu’est-ce qui pousse à passer trois heures chez Michel Drucker, si ce n’est la recherche de cette « starisation » décriée ? Tout simplement la possibilité de « s’adresser à des millions de personnes » , s’est félicité le porte-parole de la LCR, limitant au minimum les concessions sur sa vie privée. Invité du Grand Rendez-vous d’Europe 1 le même jour, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, ne s’y est pas trompé : « J’irais chez Michel Drucker si j’étais invité. »

ENTENDU !

Libéral « radical »
Pour Michel-Édouard Leclerc, le projet de loi de modernisation de l’économie n’est pas assez « radical » en matière d’implantation commerciale. Le chantre de la grande distribution, qui était dimanche sur RTL, ne comprend pas pourquoi « la loi crée un secteur libre sans besoin d’autorisation au-dessous de 1 000 m2 » , et au-delà « un secteur administré avec un pouvoir accru des élus » , qui « ne sont pas les mieux placés pour choisir quelles sont les enseignes les plus favorables aux consommateurs » . Autre sentence de M. Leclerc : « Vu l’endettement public, il faut trouver de nouvelles marges de manœuvre, ce qui veut dire casser l’appareil d’État. »
Radical, ça !

LU !

Révoltant
« Ils mangent ce que les magasins jettent » , titre gravement le Parisien (12 mai). Le quotidien affirme que « de plus en plus de nouveaux pauvres se nourrissent en fouillant les poubelles des boulangeries et des supermarchés » . Si l’on se demande ce que ces pauvres (RMistes, retraités, travailleurs pauvres) ont de nouveau, le phénomène l’est bien, et il est révoltant dans la « cinquième puissance économique mondiale » . Il s’est développé avec la hausse des prix des produits alimentaires et de l’immobilier. Et « inquiète, paraît-il, les associations caritatives et même le gouvernement » . C’est aller vite en besogne ! Car, pour l’heure, seul Martin Hirsch compte « réunir » les « principales associations caritatives afin de “comprendre les raisons et mesurer précisément l’ampleur” de cette tendance inquiétante » . Mesurer avant de prendre une mesurette, en somme…

Interpellé
De Gaulle « nous interpelle en permanence » , déclare dans l’Express (7 mai) Hervé Gaymard, député UMP peu sarkozyste, qui souligne ainsi que le général « a toujours opéré une distinction nette entre les sphères publique et privée » . « De même, ajoute-t-il, il opérait une séparation claire entre le chef de l’État et, comme il disait, “l’armée de ceux qui le soutiennent”. Que des bureaux politiques de l’UMP se tiennent aujourd’hui au palais de l’Élysée me paraît incroyable. » Dommage que de Gaulle n’ait pas interpellé Gaymard quand, ministre, ce dernier logeait sa famille aux frais de l’État…

Politique
Temps de lecture : 9 minutes

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