Une marche pour la dignité

A l’initiative du collectif des sans papiers du Nord, une trentaine de travailleurs sans papiers ont marché de Lille à Paris pour protester contre leur situation. Retour sur un périple de trois semaines qui aura été une véritable réussite militante.

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« Nous n’en pouvions plus de vivre en cachette et dans la clandestinité, nous qui travaillons pourtant depuis des années » . Face à cette situation, le collectif des sans papiers du Nord (CSP 59) a décidé de prendre le contrepied de la clandestinité en s’exposant au grand jour. Partis le 19 avril dernier de Lille, une trentaine de personnes sans papiers se lancent dans un parcours de 200 kilomètres à pied vers Paris et se mobilisent ainsi de façon visible pour demander leur régularisation. Un pari risqué, puisqu’ils peuvent à tout moment être arrêtés.

Les marcheurs prennent donc la route, pas franchement sereins. Mais très rapidement, le soutien populaire leur fait oublier le contexte ultra répressif qui les avait motivé à battre le pavé pour retrouver leur dignité. Tout au long du parcours, leur conviction de mener un combat juste est renforcée par l'écho positif renvoyé par la population. « Partout où on est passé, des nobles citoyens se sont montrés proches et solidaires. De Valencienne à Douai, Lens, Amiens, on a toujours été impeccablement reçu, et à chaque étape, la population nous a accueilli très généreusement » , se rappelle avec joie Mamadou Compo, le porte parole des marcheurs du CSP 59. D’autres marcheurs se souviennent aussi de ces personnes qui, spontanément, les accueillaient chez eux, « toujours avec enthousiasme » .

Illustration - Une marche pour la dignité
Photos extraites du *blog du CSP 59

Dans chaque commune, les marcheurs du Nord sont accompagnés d’un cortège de soutien rassemblant de nombreuses associations et syndicats, ce qui, comme le confirme Mr Compo, leur « donne l’impression d’être protégés » . De la même façon, les portes de la plupart des mairies s’ouvrent à chaque arrivée des marcheurs ; les élus exprimant ainsi leur solidarité et leur soutien matériel à l’entreprise des travailleurs nordistes. Comble de la situation, l’engouement populaire pour les marcheurs amènera Mme Phillipo, adjointe UMP à la mairie de Valenciennes, à les recevoir au sein de l’Hôtel de Ville, leur promettant de faire réexaminer leurs dossiers par le préfet du Nord.

Pour leur dernière semaine de marche, le groupe a poursuivi l’aventure autour de Paris, avec à chaque étape, de Saint-Denis le 4 mai, à Nanterre le vendredi 9, des rassemblements qui confirment le succès de leur initiative. Comme prévu, les marcheurs sont rentrés dans Paris le samedi 10 mai, cette fois-ci à la tête d’une manifestation de convergence de toutes les luttes des sans-papiers, mobilisant cinq à six mille personnes. Une convergence symbolisée en fin de manifestation par une rencontre émouvante entre les marcheurs du Nord et d’autres personnes sans papiers tenant les piquets de grève devant un restaurant.

A la fin de cette dernière étape, Mamadou Compo et ses « camarades » ne cachent pas leur satisfaction. Ils retiendront surtout ce « magnifique élan de soutien de la population qui (leur) a donné la force nécessaire » pour dominer l’épreuve physique et « aller au bout de cette lutte » . Une lutte qui donne un peu plus de force à un mouvement désormais national et unitaire pour la régularisation de tous les sans-papiers.


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