Le maillot jaune se met au vert

Un autre Tour de France est possible, selon les organisateurs de « l’AlterTour pour la biodiversité cultivée et une planète non dopée ». Une boucle écolo de 2 700 km à vélo, pour renvoyer dos à dos OGM et EPO.

Ariane Puccini  • 17 juillet 2008
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Le maillot jaune se met au vert

« Qui prend “Cannabis” sur le premier relais ? » Dominique Béroule, un des organisateurs de l’AlterTour, scrute l’assistance réunie dans la salle polyvalente de Cendras, petit village situé à quelques tours de pédalier d’Alès (Gard) et première des 24 étapes de ce tour de France alternatif. L’instant sera bientôt un rituel pour la quarantaine de participants : la répartition des « altercyclettes », qui portent toutes un nom de produit dopant naturel. Comme chaque jour des trois semaines que dure l’AlterTour, la vingtaine de bicyclettes doivent trouver preneur pour parcourir un des huit tronçons de 15 km qui composent l’étape. Soit une moyenne de 120 km par jour. La distance n’effraie pas les « altercyclistes » car l’itinéraire est organisé en relais et c’est tous ensemble qu’ils relieront chacun des étapes de la grande boucle de 2 700 km à parcourir entre le 3 et le 28 juillet.
Mot d’ordre de cet événement sportif d’un nouveau genre : la solidarité plutôt que la compétition. D’ailleurs, pas de maillot jaune mais une seule couleur de paletot pour tous les relayeurs : le vert, évidemment. « La compétition est le moteur commun, aujourd’hui, à l’agriculture productiviste et au sport de haut niveau, regrette Lilian Ceballos, pharmacologue et écologue participant à l’AlterTour. Le sol est comme le corps de certains athlètes. On y ajoute des intrants, ces produits dopants de l’agriculture, pour obtenir de meilleurs rendements. »

Illustration - Le maillot jaune se met au vert


Les cyclistes pédalent entre le 3 et le 28 juillet au rythme de relais solidaires.
Leila Minano

Changement de vitesse ou de plateau, les cyclistes les plus expérimentés ne sont pas avares en conseil pour les débutants. Puis, progressivement, le long du trajet, les relayeurs se constituent en grappe, sur les petites départementales qu’emprunte l’AlterTour : les sprinters en tête, les promeneurs ou les bavards en queue de peloton. L’« alterbus » ferme la marche avec, à son bord, les altercyclistes qui prendront le relais au prochain stop. Le parcours pourrait n’être qu’une joyeuse randonnée de cyclotourisme, sans l’aspect militant de l’opération. Une vingtaine d’associations ou mouvements soutiennent l’AlterTour, parmi lesquels la Confédération paysanne ou Attac. Et chaque altercylciste trouve sa raison de pédaler : contre la pollution de l’étang de Berre dans les Bouches-du-Rhône, pour la promotion de l’agriculture biologique au Burkina Faso, ou pour l’indépendance du Tibet.

Mais tous rallient la cause écologique, qui sert de dénominateur commun. À la pause déjeuner ou en fin de journée, les participants, recuits et courbaturés, participent aux débats, conférences, visites ou projections de films qui les attendent à chaque étape. Au programme de ces trois semaines : agroécologie, lutte contre les OGM, énergies vertes ou souveraineté alimentaire, entre autres. Lors des soirées « festéducatives », viennent parfois se mêler aux cyclistes quelques sympathisants ou curieux du village où l’AlterTour fait étape. « Grâce au principe du relais, nous pouvons nous arrêter dans de petits villages et aller à la rencontre des gens » , raconte Dominique Béroule, militant à Attac et ami de la Confédération paysanne, chez qui a germé l’idée d’AlterTour, il y a un an. À l’époque, il trace sur une carte un itinéraire reliant tous ses contacts militants autour du Massif central.

La machine est lancée : 24 comités locaux se mettent en place et mobilisent une centaine de personnes pour organiser l’événement. L’AlterTour prévoit déjà de s’arrêter dans des villages ayant pris des arrêtés anti-OGM. Certains élus se sont montrés réticents à accueillir l’événement, refroidis par sa coloration politique. « Mais ils se sont laissés finalement convaincre après discussion » , se souvient Dominique Béroule. « Nous sommes là pour écouter et pour rencontrer » , avait-il promis à la directrice d’un lycée agricole qui a accueilli l’AlterTour le temps d’une visite. Écouter et rencontrer, mais aussi… contrôler. L’AlterTour effectue en effet des « contrôles inopinés antidopage » sur des feuilles de maïs récupérées sur le parcours. Un test chimique permet de détecter les OGM. « Peu de chance qu’on tombe sur un champ de Mon 810 », confie un Altercycliste, faucheur volontaire. En effet, depuis le Grenelle de l’environnement, les OGM sont sous le coup d’un moratoire. « Mais si jamais nous croisons un champ d’OGM, nous en avertirons les gendarmes pour qu’ils détruisent le champ » , assure-t-il. Un tour de France qui prend parfois, aussi, des airs de ronde de garde.

Ariane Puccini (www.youpress.fr)

Temps de lecture : 4 minutes
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