Dans une autre vie

À l’initiative de l’association Fokus 21, l’Île-de-France accueille
un festival des alternatives citoyennes, écologiques et solidaires.
L’occasion de partager des expériences et de tisser des réseaux.

Xavier Frison  • 25 septembre 2008
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Dans une autre vie

Manger, compter, se déplacer, apprendre, habiter et s’informer, nous le faisons au quotidien. Mais saurions-nous le faire « autrement » ? Depuis le 13 septembre et jusqu’au 19 octobre, un peu partout en région parisienne, le festival Festi’solies et ses « journées itinérantes » s’attachent à faire la promotion des modes de vie alternatifs, « de l’agriculture à la culture ».
L’événement, qui fédère une trentaine d’associations du secteur de l’économie solidaire et des pratiques alternatives, a été monté de toutes pièces par une ­minuscule association, Fokus 21. Ses fondateurs, Sandra Blondel et Pascal Hennequin, âgés respectivement de 30 et 35 ans, sont partis de rien. Si ce n’est d’un ­constat, affiné au volant du camping-car qui les mena aux quatre coins du pays entre 2005 et 2006, pour un tour de France des alternatives équitables. « Nous avons rencontré des militants dans l’agriculture, l’écoconstruction, l’entreprenariat alternatif, etc. Festi’solies, c’est une manière de faire ­connaître tous ces gens et leurs initiatives, de les faire se ren­contrer, aussi, et puis de leur faire rencontrer un public nouveau » , explique Sandra Blondel.

Illustration - Dans une autre vie


Pause gourmande au festival Festi’solies à Lieusaint en Seine-et-Marne.
Claude Deschastres

Dès l’atelier d’ouverture « Manger autrement », organisé le 13 septembre à Lieusaint, en Seine-et-Marne, une première tendance se dégage. Même si cela peut paraître surprenant, beaucoup d’intervenants aux tables ­rondes et d’associations locales ne se connaissaient pas. « Ce sont souvent des initiatives isolées, constate Sandra. Pourtant, il y a énormément de points communs entre des Amap, une ­télévision participative et une association ­d’écoconstruction, qui travaillent toutes avec de la matière locale. Pour beaucoup, c’était la première fois qu’ils faisaient quelque chose ­ensemble. » Le projet monté par l’association ­Cheminements (voir encadré) devrait lui aussi œuvrer pour le décloisonnement des initiatives alternatives.
Côté public, la manifestation ne semble pour l’instant attirer que des convaincus. Si environ 350 visiteurs se sont rendus à la première journée – « on en attendait un peu plus », observe Pascal Hennequin –, rares étaient les novices : « Très peu de gens du coin sont venus, regrette Sandra. Pourtant, nous avions communiqué au niveau local, dans les journaux. » Entre l’installation dans un ex-Jardiland et la proximité d’un grand ­centre commercial, pas facile d’exister face à un public non averti. « Certains nous ont dit : “Je passerai en allant chez Carrefour.” Ceux-là ne sont pas venus », ­s’amuse Sandra. « Les gens sont fatigués par leur semaine de travail, il leur faut encore gérer la ­maison, les soucis quotidiens… Ils sont tellement claqués qu’ils restent chez eux » , suppose Pascal, ex-ingénieur chez Renault qui a tout lâché pour vivre sa passion.
Les lycéens, ­invités en nombre, sont plus enthousiastes. D’un établissement autogéré à Paris au lycée de métiers du bâtiment d’Évry, les élèves, dont certains « mangeraient volontiers bio si ce n’était pas trop cher pour eux », s’informent sur les systèmes d’échange local (SEL), la fabrication de l’info ou les mécanismes de la finance.

Une manière, pour Sandra, d’ « ouvrir une brèche » . Et de rester dans le concret : « Quand, pendant notre tour de France, on parlait d’autopartage en Alsace, ce n’était pas seulement avec des militants, mais aussi avec des citoyens lambda qui n’avaient pas de voiture. Pour Paris, on réfléchit sur l’habitat partagé avec des gens qui n’ont plus les moyens de payer leur loyer. Notre démarche ne perd jamais de vue la pratique. » Ni le global, dans un cadre très local : « Lorsque l’on parle d’agriculture bio au niveau local, il ne faut pas perdre de vue qu’un sixième de l’humanité meurt de faim. Il ne faut surtout pas tomber dans “l’égologie”, et il faut avoir la question sociale toujours à l’esprit. Les alternatives n’ont pas de sens si on ne se pose pas la question de la solidarité » , estime Sandra.
De la même manière, le principe même de consommation doit être revu : « Dans de nombreuses foires bios que l’on connaît, les gens ne viennent que pour acheter, consommer ; nous avons une démarche différente, avec des exposants qui viennent d’abord partager leurs expériences et proposer leur aide aux personnes intéressées. » Encore faut-il parvenir à toucher puis à éduquer le grand public. Au cours de la première journée, lorsqu’un journaliste de France 2 demande à Pascal et à Sandra où trouver des « locavores » pour son sujet, ceux-ci restent interloqués. « Ben oui, des gens qui consomment local. » Il reste beaucoup à faire.

Temps de lecture : 4 minutes
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