Mon frère animal

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En juin 2008, se sont tenues les rencontres « Animal et société », supposées combler les lacunes du Grenelle de l’environnement en matière de protection des animaux. Le peu qui y fut décidé n’a pas été mis en œuvre jusqu’ici 1. Il est vrai qu’une bande de députés de droite veut nous faire croire qu’il n’y a rien à changer en matière de bien-être animal, que l’on peut tranquillement continuer à gaver les oies, empiler les lapins dans des clapiers et les poules en batterie, chasser à courre le chevreuil, ou extraire avec des pinces les « nuisibles » de leurs terriers. Tout cela au nom de la « tradition » et d’arguments spécieux sur la nécessité de ces tueries. Cette célébration d’un « humanisme » tout-puissant rejoint la pensée du philosophe de droite Luc Ferry, qui se plaît à rappeler 2 que les nazis ont été les premiers à protéger la nature, et qui voit dans les défenseurs des animaux des terroristes potentiels…
À l’inverse, il est des gens pour comparer les élevages industriels aux camps d’extermination, tel Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature 1978, ou encore Adorno, lorsqu’il écrit 3 : « Auschwitz commence quand quelqu’un regarde un abattoir et pense : ce ne sont que des animaux »… On est dans l’irrationnel : aux faux arguments des uns répondent la colère et l’émotion des autres, car il n’y aura jamais de « raison » valable de torturer des innocents, ni de limite « raisonnable » aux massacres collectifs.

Alors, si la droite se veut utilitariste et cruelle, il n’est pas interdit à une gauche « écologiste, féministe et sociale » d’avoir le souci de la souffrance d’autrui. Il y aura toujours des gens pour démontrer « rationnellement » que les sangliers doivent être nourris afin d’être abattus, que les taureaux doivent être élevés pour être mis à mort, que les expérimentations animales sont nécessaires au progrès scientifique et que la chasse contribue à la protection de la nature…
Mais on n’est pas obligé de les croire, car on pourrait tout aussi bien démontrer l’inverse. En cette matière, plutôt que son mental, il est plus sûr d’écouter son cœur. Et le mien me dit que toute vie est sacrée, que la beauté de la biodiversité me comble de bonheur, que les animaux sont mes frères, et qu’il n’y a pas bien loin de l’indifférence à la souffrance animale à l’indifférence à la souffrance humaine. Et puis l’animal peut m’enseigner bien des choses, que ne m’apprendront jamais les philosophes. « Les oiseaux des cieux, les animaux qui sont sous la terre et sur la terre, et les poissons dans les mers, ce sont eux qui vous conduisent vers le Divin 4. »


  1. Une commisions gouvernementale se réunit le 12 décembre. 

  2. Le Nouvel Ordre écologique, Grasset, 1992. 

  3. Cité par Charles Patterson dans Un éternel Treblinka, Calmann-Lévy, 2008. 

  4. Papyrus d’Oxyrhynchus, cité par John Lash sur le site


Jean-Louis Gueydon de Dives est président de la fondation Pour une Terre humaine.

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