Chômage technique pour PSA Sochaux

La crise de l’automobile fragilise les sous-traitants et grippe un système déjà mal en point.

Pauline Graulle  • 19 mars 2009
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Quand les sous-traitants s’enflamment, les maisons mères trinquent. Depuis le 3 mars, les 115 salariés de l’équipementier Key Plastics de Voujeaucourt, en Franche-Comté, sont en grève illimitée pour protester contre la fermeture de leur usine et sa délocalisation en Europe de l’Est. Par un effet domino, le sous-traitant Faurecia (deuxième maillon de la chaîne) ne peut plus livrer les planches de bord à l’usine PSA Peugeot Citroën de Sochaux. Celle-ci a donc dû sus­pendre sa production et fermer ses ateliers le 11 mars, pour une durée indéterminée. « Nous sommes solidaires avec les salariés de Key Plastics. Le problème, c’est que le secteur automobile est entré dans une politique de flux tendu : il n’y a plus de stocks dans les usines, alors à tout moment la chaîne peut être rompue. Résultat, un petit équipementier de 130 employés paralyse une usine de 12 000 personnes. Et même tout le Pays de Montbéliard, dont l’économie repose sur l’automobile » , explique Pascal Pavillard, délégué Force ouvrière-Métaux de Sochaux.

D’autant que ce blocage tombe au plus mauvais moment. L’usine PSA de Sochaux pourrait ainsi se voir contrainte de repousser la production d’une nouvelle berline dotée d’un équipement technologique haut de gamme, la « 3008 », censée être mise en vente au printemps. « C’est dommage car, après cinq mois de chômage partiel, on voyait le bout du tunnel avec la 3008 », regrette Pascal Pavillard.

Christian Corouge, ouvrier de 58 ans, lui, n’y croit plus. Pour lui, le lancement de la 3008, tout comme celui du monospace en septembre prochain, ne parviendra pas à faire repartir la machine : « Ici, l’ambiance est si­nistre, affirme-t-il. Les dirigeants s’entêtent à mettre sur le marché des grosses bagnoles car ils veulent réaliser un taux de profit maximum par voiture vendue pour contenter les actionnaires, au lieu de faire des bénéfices sur le nombre de ventes. Or, on sait par expérience qu’en temps de crise, les voitures chères ne se vendent pas. » La direction entend d’abord approvisionner les concessionnaires, puis voir si la 3008 se vend. Ou pas. Auquel cas, « il y aurait encore 1 800 personnes en trop dans l’usine, note Christian Corouge. Et peut-être, autant de licenciements secs à venir. » Qui s’ajouteraient au quatrième plan de « départs volontaires » engagé par la direction en trois ans. En 2009, 3 500 personnes seront priées de quitter le groupe.

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