G20 : quatre questions en suspens

Liêm Hoang-Ngoc  • 16 avril 2009
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Le G20 affirme avoir pris conscience de la nécessité de réguler les marchés financiers et de mettre sur pied des plans massifs de relance de l’économie.
Pour autant, quatre questions essentielles restent en suspens.
Régulation des marchés ? Rien n’est dit concrètement sur la réglementation
de la titrisation, ni sur l’institution internationale chargée d’y veiller. De fait, la réforme recommandée des normes comptables (imposant un montant de réserve en capital
à proportion des crédits engagés) est de faible portée, tant que les banques peuvent sortir de leur bilan les crédits risqués par le biais de la titrisation. Par ailleurs, le bilan des banques n’est toujours pas assaini. Aux États-Unis, deux prix Nobel (Joseph Stiglitz et Paul Krugman) ont souligné les limites des plans Paulson et Geitner, créant des caisses de défaisance ( Bad Bank ) destinées à racheter les actifs toxiques pour nettoyer les bilans des banques. Partout, l’incertitude qui pèse sur les bilans renforce la spéculation contre les valeurs bancaires, d’autant que de nouveaux actifs toxiques surgissent à mesure que les défauts de paiement consécutifs à l’octroi de crédits risqués s’accumulent avec la récession. Stiglitz et Krugman en appellent donc
à une entrée massive de l’État dans le capital des banques afin de mettre un terme
à la spéculation baissière sur le marché des actions et à la crise de liquidités
sur le marché interbancaire.

Relance ? Le G20 a invité les gouvernements à mettre sur pied des plans de relance d’une ampleur de 5 000 milliards de dollars, sans en préciser les modalités
de financement. Il existe trois moyens pour financer la politique budgétaire.
Le financement par l’impôt et l’emprunt ne permettront pas de couvrir l’intégralité
des sommes nécessaires, d’autant que les taux d’intérêt sur les emprunts d’État commencent à se tendre dans de nombreux pays. Reste donc la création monétaire. La FED a ainsi annoncé le 18 mars le rachat de 300 milliards de bons du Trésor.
En Europe, une telle monétisation des déficits par la planche à billets est interdite
par le statut de la Banque centrale européenne…

Moralisation du capitalisme ? Le débat autour
de l’encadrement des revenus des dirigeants ne doit pas devenir l’arbre qui cache la forêt. L’État peut naturellement intervenir sur la politique salariale dans les entreprises
dont il est actionnaire. Dans le secteur privé, si des branches dépassent, le meilleur instrument pour les couper au même endroit, chaque année, pour que ne se forme pas une nouvelle classe de rentiers, est l’impôt progressif sur le revenu.
Il est dans ce cas nécessaire de s’attaquer véritablement
aux paradis fiscaux pour prévenir l’évasion fiscale. Enfin, moraliser le versement des hauts revenus ne doit pas masquer la crise du pouvoir d’achat des revenus moyens
et modestes. Leur stagnation est l’une des causes de la croissance ralentie que subit le noyau dur de l’Europe. Dans le modèle anglo-saxon,
la modération salariale a eu pour corollaire la montée de l’endettement privé, qui
a conduit à l’éclatement de la bulle financière. Le G20 est resté silencieux sur les problèmes macroéconomiques engendrés par la montée des inégalités de revenus.

Nouveau Bretton Woods ? La refondation du système monétaire international a été littéralement écartée. Celui-ci reste un régime d’étalon-dollar. Or, la défiance vis-à-vis du dollar pourrait s’aiguiser et conduire à une crise de change internationale. Le rapatriement des avoirs de la Chine serait un facteur de dépréciation supplémentaire du dollar. Le tout entraînerait une nouvelle appréciation de l’euro, dommageable pour de nombreux pays de l’Eurogroupe. Un « nouveau Bretton Woods » s’incarnerait par la création d’une monnaie de réserve internationale. Celle-ci serait gérée par le FMI
et reposerait sur un panier de monnaies. L’accroissement des droits de tirages spéciaux permettrait de financer les pays en difficulté et en mal de liquidités.
Les moyens supplémentaires octroyés au FMI sont un premier pas. Un rapport
de force international de nature à « convaincre » les États-Unis d’abandonner le régime d’étalon-dollar commence à émerger. Il s’avère pour le moins contradictoire avec l’allégeance transatlantique militaire faite par la France dans le cadre de l’Otan.

Maître de conférences à l’université de Paris-I.
Publié dans
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Temps de lecture : 4 minutes
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