La vie en rouge

« Dernier Maquis »,
l’un des films les plus pertinents de 2008.

Christophe Kantcheff  • 17 juillet 2009 abonné·es

Le troisième long métrage de Rabah Ameur-Zaïmeche n’ayant pas rencontré le public qu’il méritait au moment de sa sortie en octobre 2008, son édition en DVD est l’occasion de (re)découvrir l’un des films français les plus pertinents de cette dernière année et dont on imagine sans peine qu’il fera date. Tourné dans un lieu unique – une usine de palettes qui produisent à l’écran des murailles d’un rouge du plus bel effet – avec plusieurs comédiens non-professionnels, c’est-à-dire des ouvriers de ladite entreprise (dont un est interviewé a posteriori dans un supplément du DVD), Dernier Maquis raconte l’histoire d’un patron au nom évocateur, Mao, joué par Ameur-Zaïmeche lui-même, qui pense pouvoir acheter la paix sociale en ouvrant une mosquée dans le lieu de travail, comme le réclamaient les salariés. Mais il commet une erreur en nommant lui-même l’imam, et déclenche ainsi une réaction d’une partie des ouvriers.

Dernier Maquis croise deux thématiques très actuelles, lutte des classes et religion, mais il est d’autant plus fort politiquement qu’il est cohérent dans son économie et formellement loin des conventions et des figures imposées du cinéma français. L’un des suppléments du DVD montre à quel point le cinéma, chez Ameur-Zaïmeche, se décline au collectif et au quotidien, et combien le cinéaste porte des projets esthétiques et non un discours militant. S’il fait du cinéma engagé ? Rabah Ameur-Zaïmeche, à qui on pose la question, réfute le qualificatif : il ne souhaite pas que son cinéma soit réduit à cette seule dimension. Il a plus que raison.

Culture
Temps de lecture : 2 minutes

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