Il est tombé bien bas, c’est la faute à Internet

Christine Tréguier  • 24 septembre 2009
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La bavure verbale de Brice Hortefeux continuant à faire jaser, en dépit ou à cause d’explications tout aussi filandreuses qu’irrecevables, certains des supporters du ministre de l’Intérieur ont, la semaine passée, tenté de faire diversion en pointant du doigt le vrai coupable : Internet et cette manie qu’ont les internautes de traquer et de mettre en ligne les déclarations et apparitions publiques de leurs élus.

« Les hommes politiques sont devenus des cibles, s’est lamenté Patrick Devedjian. La frontière entre la vie publique et la vie privée s’efface de plus en plus. » L’homme sait de quoi il parle, il a eu lui aussi son heure de gloire sur Internet grâce à une vidéo où on l’entendait traiter sa collègue, la députée MoDem Anne-Marie Comparini, de « salope »  : « Internet ne peut être la seule zone de non-droit, de non-morale de la société, la seule zone où aucune des valeurs habituelles qui permettent de vivre ensemble ne soit acceptée » , a renchéri Henri Guaino. Jean-François Copé y est allé lui aussi de sa diatribe : « Il faudra, a-t-il déclaré sur France 2, qu’on assume un débat public sur la question Internet et la liberté. » Et d’évoquer « cet immense espace qu’est Internet, dans lequel on peut diffuser n’importe quelle image, la tronquer dans tous les sens » , tout en faisant le distinguo avec les professionnels de l’info, qui, eux, font « de vrais reportages » . À les entendre, les images en cause auraient été volées, manipulées, décontextualisées par des paparazzis du Net avides de nuire.

Comme l’écrit Pierre Haski, rédacteur en chef de Rue89, dans un billet intitulé « Internet, bouc émissaire des lâchetés journalistiques » , « on croit rêver » . Ceux qui manipulent ne sont pas ceux que l’on nous désigne. La séquence, dévoilée par le Monde puis mise en ligne par le site de Public Sénat, a été tournée au vu et au su de tous avec une caméra et un micro pourvus de logos bien visibles de la chaîne parlementaire. On est loin du « journalisme poubelle » et du « caniveau » évoqués par certains, et le réseau ne joue ici que le rôle de diffuseur. Il n’est pas besoin d’enquêter bien longtemps pour constater qu’il n’y a aucun bidouillage, aucune coupe suspecte. Aucun doute sur le fait que la réplique d’Hortefeux
– «  Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a beaucoup que ça pose des problèmes »  – répond bien au « c’est notre petit Arabe » lâché par une militante. On peut par contre se demander pourquoi le sujet a été occulté au 13 heures de TF 1 et pourquoi cette réplique a curieusement sauté lors de la diffusion de la vidéo au 20 heures de France 2. Les professionnels de l’info pècheraient-ils par excès de prudence ? Ou seraient-ils tenus par quelques « valeurs habituelles », quelques liens de subordination et de collaboration qui imposent de ne pas tout dire ? Pour, ensuite, embrayant le pas aux politiques, détourner l’attention en déplaçant le problème : la désinformation, c’est pas nous, c’est Internet !

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