« Irène » d’Alain Cavalier : Une femme apparaît
Dans « Irène », Alain Cavalier tente de restituer ce qui s’est joué entre sa première épouse, décédée, et lui, livrant le mystère d’une femme blessée.
dans l’hebdo N° 1074 Acheter ce numéro

Est-ce que la présence d’une femme absente fait un film ? Cette femme, Irène, la première épouse d’Alain Cavalier, a disparu il y a longtemps, succombant dans un accident de voiture en 1972. Elle ne l’a cependant jamais quitté. Le hante-t-elle davantage depuis que la mère de celui-ci est morte ? C’est ce que peut suggérer la séquence qui ouvre Irène , montrant la dépouille de la vieille femme sur son lit de mort. Mais ces images signifient davantage : juste après, Alain Cavalier filme son pied déformé par une crise de goutte, réaction somatique au décès de sa mère. Et le cinéaste, en voix off, d’opérer ce glissement-jeu de mots éloquent : « pieds gonflés, œdème, Œdipe » . Comme si l’effacement de sa mère libérait quelque chose, la possibilité d’une parole, d’un dévoilement, d’une reconnaissance envers Irène.
On ne saura pas comment il a retrouvé – par hasard ou recherchés exprès – les carnets de 1971 et 1972 où il tenait son journal intime, d’une écriture serrée, presque sans ratures. Ils seront comme les soutiens de sa mémoire tout au long du film. Alain Cavalier en lira