« Je ne pensais pas voir l’an 2 000 »
Hugues Fischer, ancien coprésident d’Act Up-Paris, est séropositif depuis près de trente ans. Il raconte ici une vie de lutte contre la maladie et pour les droits des malades.
dans l’hebdo N° 1078 Acheter ce numéro
Un garçon plutôt réservé. Discret, même. Ancien coprésident d’Act Up-Paris en 2005, Hugues Fischer n’a jamais été une « grande gueule » parmi les militants de l’association de malades du sida considérée comme la plus turbulente de toutes les organisations françaises de lutte contre l’épidémie. Il est pourtant aujourd’hui le plus ancien de ses membres. Séropositif depuis 1982 ou 1983, il rejoint Act Up dès septembre 1989, soit moins de trois mois après l’entrée fracassante du groupe sur la scène publique, lors de la Gay Pride fin juin 1989. À une époque où l’on a l’habitude de « voir » les séropositifs dissimuler leur visage à la télévision, elle n’hésite pas à se présenter au grand jour comme une association « de malades du sida ». Au milieu de cette marche de la « fierté homosexuelle », Hugues assiste au « die-in » de la dizaine d’activistes qui interrompent le cortège coloré et joyeux en se couchant par terre, pour symboliser les morts du sida. Très organisés, disciplinés – ce sera une des marques de fabrique du groupe –, ils portent tous des tee-shirts noirs, signe de deuil, avec au centre un triangle rose, souvenir de la déportation des homosexuels dans les camps nazis, mais la pointe tournée vers le haut, signe de leur volonté d’agir. Ils reproduisent là les modes d’action de l’association américaine dont ils ne cachent pas s’inspirer, Act Up-New York, née en 1987, avec ce slogan décliné sur des badges et des tee-shirts toujours noirs : « Personne ne sait que je suis séropositif. » Rapidement, Act Up-Paris inventera elle-même ses propres slogans dans la langue de Molière, dont l’un des plus emblématiques est sans doute : « Sida, on meurt… L’indifférence demeure ! »
En 1989, Hugues Fischer se sait séropositif depuis plusieurs années mais il n’a jusqu’alors pas eu envie de s’engager dans les associations actives à l’époque sur le terrain du sida. Il est investi dans le militantisme homosexuel