Proche-Orient : le réajustement européen

À l’initiative de la Suède, l’Union européenne s’est spectaculairement prononcée pour que Jérusalem soit la « capitale de deux États ».

Denis Sieffert  • 17 décembre 2009 abonné·es
Proche-Orient : le réajustement européen

Dans un univers diplomatique d’inertie et de lâcheté, l’appel européen pour que Jérusalem devienne « la future capitale de deux États » est un événement considérable. S’il ne s’agit en fait que d’une réaffirmation de la légalité internationale, et de l’actualité des résolutions des Nations unies, cette prise de position, rendue publique le 8 décembre, met un terme à de longues années de silence et d’acceptation tacite du fait accompli colonial.
Les ministres des Affaires étrangères des « 27 » ont également dit leur vive préoccupation face au blocage du processus de paix. Mais l’essentiel de cette déclaration, c’est évidemment la réaffirmation du refus européen de reconnaître l’annexion de Jérusalem-Est par l’État hébreu en 1980. La déclaration va plus loin encore puisqu’elle rappelle que l’Union européenne se refuse à accepter « les changements de frontières survenus » depuis la fin de la guerre des Six-Jours, en 1967, « autres que ceux acceptés par les deux parties » . Un premier projet de ce texte initié par les Suédois précisait explicitement que le futur État palestinien devait être composé de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est. La version finale parle d’un futur État palestinien « contigu [à Israël] et viable » . Mais l’idée de contiguïté ajoutée à la référence aux frontières de 1967, et à Jérusalem, « capitale de deux États » constitue tout de même une spectaculaire avancée diplomatique pour les Palestiniens. La représentante de la Palestine auprès de l’Union européenne, Leila Shahid, ne s’y est pas trompée. Elle s’est félicitée de la « ligne claire et ferme » adoptée par les Européens, ainsi que de leur appel à lever « le siège de Gaza ». Au-delà des mots, la prise de position européenne ressemble à une tentative de retour de l’Europe sur la scène proche-orientale. Jusqu’ici, les Européens semblaient se contenter d’un rôle de bailleur de fonds, ­finançant la reconstruction des infrastructures palestiniennes après chaque bombardement israélien, abandonnant tout rôle politique au profit des États-Unis.

En dépit d’un communiqué de faça
de, Israël a évidemment peu apprécié la déclaration européenne. En témoigne l’interdiction faite, le lendemain, à une délégation du Parlement européen, pourtant munie de toutes les autorisations, de se rendre à Gaza. La réaction américaine est plus complexe. Si Washington a aussitôt réaffirmé sa position traditionnelle sur Jérusalem, soumettant toute décision à une négociation entre les deux parties – ce qui fait la part belle à Israël –, il semble que rien n’ait été fait, côté américain, pour empêcher la déclaration européenne, qui, au fond, ne déplaît peut-être pas à Barack Obama.

Sur le terrain, les choses sont hélas moins claires. Le gouvernement israélien multiplie les gestes contradictoires, se prononçant d’un côté pour un « gel temporaire de la colonisation » et accordant, de l’autre, des crédits supplémentaires de 28 millions de dollars aux colons. Une décision d’attribuer une aide supplémentaire à des « zones prioritaires », situées pour la plupart en Cisjordanie, a cependant été reportée. La vérité est d’ailleurs sortie de la bouche de l’ultra nationaliste Benny Begin : « Il ne s’agit pas d’un véritable gel, a-t-il reconnu, pendant ces dix mois, s’ajouteront au moins 10 000 résidents aux 300 000 qui y vivent déjà. »

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