Gaaaard’ à vue !

Christine Tréguier  • 25 février 2010
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Quelque chose ne tourne pas rond au royaume de France. Pas une semaine sans qu’il ne soit question d’abus ou d’excès de zèle policiers. Le nombre de gardes à vue (GAV) explose : 580 000 GAV comptabilisées en 2009 (+51,52 % depuis 2002 selon Brice Hortefeux), 800 000 si on y inclut les délits routiers. Et le ministre de l’Intérieur a beau le nier, le responsable de cette inflation, désigné par deux syndicats de police, est bien la « politique du chiffre ». « C’est le gouvernement qui impose le nombre de gardes à vue comme un indicateur essentiel de l’activité des services » , a déclaré au Monde le secrétaire général de l’Union SGP Unité Police. Au-delà de la garde à vue, c’est souvent la légitimité et la disproportion de la réponse policière face à des troubles mineurs à l’ordre public qui pose question.

La police est-elle là pour faire appliquer le règlement intérieur des cinémas ? Quelle menace à l’ordre public justifie son intervention lorsque, comme le raconte Rue 89, elle vient, à la demande d’un gérant de salle, expulser un mangeur de sandwich, une famille nombreuse dont le plus jeune enfant a moins de 3 ans, et une jeune femme qui consomme un Coca non estampillé UGC ?

La prévention de la délinquance l’autorise-t-elle à traiter des enfants comme des malfrats ? À la moindre alerte aux abords, même lointains, d’un établissement scolaire, la maréchaussée entre en action, et les interpellations musclées de mineurs se multiplient. On se souvient des gamins de CM2, menottés et emmenés au poste pour deux vélos supposés volés (l’un d’eux ne l’était pas). Anne, une jeune collégienne de 14 ans, qui a tenté de s’interposer dans un échange de coups entre deux autres jeunes, a également fait les frais du zèle policier. Interpellée au saut du lit à son domicile, elle a eu droit à huit heures de garde à vue et aux menottes pour se rendre chez le médecin.

Que dire de ces méthodes hautement coercitives en cas d’infraction assimilée à du terrorisme ou du crime en bande organisé ? Hélène, une jeune assistante sociale membre du Réseau éducation sans frontières (RESF), n’est pas prête d’oublier les hommes en gilet pare-balles qui ont fait irruption chez elle à 6 heures du matin sous couvert d’enquête sur les dégradations de distributeurs de billet (DAB). Perquisition de sa bibliothèque et de son ordinateur, saisie de son téléphone, interrogatoire sur ses « engagements politiques de gauche » , fouille corporelle, fichage, test ADN. Au total, treize heures de garde à vue, parce qu’Hélène assure la permanence de la ligne « alerte rafles de sans-papiers », et que les actions contre les DAB visent des banques qui ont dénoncé des sans-papiers. « C’est de l’intimidation, voire du mauvais traitement, dit son avocate, Me Terrel. Rien ne justifie ce genre de procédure. Quand bien même on aurait trouvé un appel “suspect” sur son téléphone, elle aurait dû être convoquée et auditionnée comme témoin. »
La police semble oublier que « les mesures de contraintes doivent être strictement limitées aux nécessités de la procédure et proportionnées à la gravité de l’infraction reprochée » . Qui va la rappeler au respect du code pénal ?

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