Les machines votent comme des pieds

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Dès que revient le temps des élections, se repose la question de la fiabilité des machines à voter. Les risques sont connus : piratage et intrusion dans les machines, vérification au moment du vote et recomptage a posteriori impossibles, les machines ne délivrant pas de trace papier, erreurs de manipulations humaines ou bugs informatiques générant des votes erronés ou non enregistrés.

Pour mettre en évidence la réalité de certaines des erreurs liées à l’utilisation des machines, l’Observatoire du vote, une association indépendante réunissant des professionnels du droit et des nouvelles technologies, a analysé de très près les résultats des élections européennes de 2009 et publié un rapport d’observation.
Les données concernant un panel de 53 communes ayant utilisé le vote électronique (1 million d’inscrits) et un panel de référence de 166 communes (situées dans les mêmes départements que les précédentes) ayant utilisé une urne traditionnelle ont été patiemment compilées et comparées. L’Observatoire s’est d’abord intéressé à la justesse des résultats. Pour cela, il a calculé pour chaque panel le taux de bureaux « en erreur », c’est-à-dire ceux où le nombre d’émargements (signature apposée par chaque votant sur le registre) diffère du nombre de votes (bulletins dans l’urne ou votes enregistrés par la machine). Les résultats sont édifiants : le taux d’erreur pour les bureaux utilisant l’urne est de 4 %, contre 20 % (224 bureaux sur 1125, soit 5 fois plus) pour les bureaux équipés de machines à voter ! Les écarts constatés y sont également de plus grande ampleur.

Dans un second chapitre, l’observatoire a étudié l’influence du vote électronique sur les résultats du scrutin. Après comparaison des deux panels, le rapport conclut à une absence d’impact des machines sur le taux de participation. En revanche, il relève un écart significatif en ce qui concerne le taux de votes blancs et nuls : 4,35 % dans les villes dotées d’urnes électroniques, contre 2,89 % pour les 402 villes du panel de référence. Un écart d’autant plus étonnant que, lors des précédentes élections de 1999 et 1994 (vote en urne), les taux de bulletins blancs étaient très similaires dans toutes ces villes. Chantal Enguehard, directrice de recherche à l’Observatoire du vote, suggère plusieurs explications : les électeurs votent blanc parce que l’option leur est explicitement proposée ou parce qu’ils rencontrent des difficultés à valider le bulletin de leur choix. Le manque de lisibilité des bulletins et leur taille réduite pourraient également amener les malvoyants et les presbytes à voter blanc. Le site Ordinateurs de vote.org vient à ce sujet de saisir le secrétaire d’État à l’Intérieur, Alain Marleix, d’un recours gracieux. Il lui demande de veiller à ce que les machines soient équipées de dispositifs sonores pour assister les électeurs ayant une acuité visuelle réduite. La dernière hypothèse émise par Chantal Enguehard est plus inquiétante : les machines annuleraient certains votes. Pourrait-on les programmer pour ce faire ? Pour le savoir, il faudrait avoir accès au code source des programmes, qui est protégé par le secret industriel. Voilà de quoi alimenter le débat… après les élections.


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