Taxe carbone carbonisée : la gauche et l’extrême gauche vert très pâle vont hélas se réjouir alors qu’il s’agit d’un virage à droite toute et criminel

Claude-Marie Vadrot  • 23 mars 2010
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La taxe carbone retoquée mardi par un Premier ministre qui a été sensible aux pressions des industriels et de sa majorité conservatrice montre à quel points les écolos de toutes obédiences avaient raison de s’obstiner sur la nécessité de mettre en place, pour tous et d’abord pour les industriels et la grande distribution, une incitation à préférer les produits de faibles impacts énergétiques, les produits économisant les ressources en voie d’épuisement. Le président Sarkozy a confirmé l’enterrement sans fleur ni couronne, mercredi. Les socialistes vert très pâle et l’extrême gauche qui ont en commun d’avoir appris le vocabulaire de l’écologie sans en comprendre la portée et la signification profonde, vont très certainement se réjouir plus ou moins discrètement en nous rejouant le refrain de l’injustice sociale. Ce qui tendrait à prouver qu’ils n’ont rien compris à l’avenir de la planète et que leurs vernis vert s’écaille très facilement ou bien est soluble dans la démagogie. Comme si, à terme, les conséquences des modifications climatiques n’allaient pas d’abord toucher les plus démunis et les habitants des pays du Sud.

J’entends déjà les clameurs des contradicteurs qui vont accumuler leurs considérations irresponsables sur les exilés de banlieue, sur les oubliés du monde rural, sur les agriculteurs et sur les locataires pénalisés. J’entends déjà les explications fumeuses de ceux qui voudraient que le monde change sans que nous ne modifiions tous peu à peu nos habitudes. J’entends déjà et m’apprête à lire que déplorer la disparition de la contribution carbone revient à justifier et à conforter l’injustice sociale, à pénaliser les plus démunis. Alors que sa suppression annoncée n’est rien d’autre qu’un petit arrangement entre amis, une concession au libéralisme. Je ne suis pas fréquemment d’accord avec Michel Roccard mais ce qu’il a expliqué mercredi matin sur France-Inter a été lumineux. Comme pour Jérusalem, a-t-il dit, la taxe carbone c’est une question de principe avant tout. Mais à force de se masturber dans leurs réunions d’appareil, les socialistes, comme d’autres à leur gauche, sont devenus totalement sourds à la réalité

Je le répète une nouvelle fois : la taxe carbone est nécessaire non pas en tant que taxe mais en tant qu’incitation. Elle doit être appliquée à tous pour être incitative. Il ne s’agit pas de « faire payer » comme l’expliquent les néo-populistes de tous bords mais de guider un choix d’achat. Et il s’agit, il devrait s’agir, aussi d’exiger des industriels et de la grande distribution qu’il choisissent entre deux types de production : celles qui obèrent l’avenir de la planètes et celles qui lui laissent une chance de limiter l’augmentation moyenne des températures à deux degrés ; taxe à la production qui ne doit pas, la loi peut ou pouvait inventer cette obligation, être répercutée sur les acheteurs.

Pourquoi le Premier Ministre, réglant ainsi leur compte aux mensonges écolos du président qui a déjà absout les agriculteurs du recours renforcé aux pesticides, a-t-il tordu le cou à l’incitation carbone ? Qui croira que c’est pour « épargner le consommateur » sera d’une confondante naïveté : il s’agit seulement, après les observations du Conseil constitutionnel, d’épargner toute taxation aux entreprises et à EDF –et à quelques autres- dans sa production d’électricité. Il fallait une ouverture à droite en matière d’écologie, c’est fait, les arguments du lobby politico-économique ont pesé plus lourd que les Verts et les contempteurs de gauche de la taxe vont devoir se tortiller dans tous les sens pour ne pas applaudir trop bruyamment à l’annulation d’une idée dont ils ne comprennent ni le sens ni la portée.

Les industriels peuvent désormais polluer en paix, ils ont à nouveau la bénédiction de la droite la plus dure et la plus extrême. Quant à Jean-Louis Borloo il va manger avec appétit son (au moins) dixième chapeau pour avoir le plaisir de rester ministre de l’écologie. De l’écologie ? Vraiment ? Alors que s’il avait deux euros de fierté, il démissionnerait pour ne pas vouloir cautionner ce que Roccard a nommé mercredi matin « ce qui sera un jour, dans une dizaine d’année, considéré comme un crime contre l’humanité ».

PS Il est bien dommage que France Inter en particulier et Radio France en général continuent à interviewer l'escrologiste Claude Allègre comme "un spécialiste du climat" alors que de nombreux journaux ont exposé ses mensonges et ses trucages de rapports et de statistiques.
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