Monique, l’ONU et les directeurs

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Claude Didier et Rémi Riallan, directeurs d’école primaire en Isère, viennent de subir le même sort que Jean-Yves Le Gall, qui s’était vu retirer sa fonction de directeur en mai 2009, puis muter d’office en septembre par la très intransigeante inspectrice de l’académie d’Isère, Monique Lesko. Au niveau national, ils sont douze rétrogradés ou en passe de l’être pour avoir refusé de renseigner le fichier Base élèves (BE), et des dizaines d’autres subissent des retraits de salaire. Ils sont tous membres du Collectif national de résistance à Base élèves (CNRBE) et dénoncent les dangers de ce fichier tentaculaire : élèves immatriculés dès l’âge de 3 ans et pour trente-cinq ans, absence de légalité de cette base d’immatriculation, crainte d’interconnexions avec d’autres fichiers contenant les données sensibles dont BE a été expurgé (fichiers de la prévention de la délinquance, de l’absentéisme, nouveau « livret de compétence », etc.). Ils s’opposent surtout à l’utilisation illégale de BE pour repérer les enfants de sans-papiers, et offrir aux familles un charter retour. Les inspections académiques font en effet complaisamment circuler des demandes de « recherche d’enfant » émanant du ministère de l’Éducation, voire de celui de l’Immigration.

Un rapport du Comité des droits de l’enfant de l’ONU (juin 2009) exprimait les mêmes craintes et recommandait un contrôle vigilant. Le ministère faisant la sourde oreille, le CNRBE, la LDH et le Snuipp/FSU Isère ont alors saisi la Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l’homme à l’ONU, Mme Sekaggya. Laquelle a jugé l’affaire assez grave pour appeler à la rescousse les rapporteurs spéciaux sur le droit à l’éducation et sur les droits des migrants. Dans une lettre du 10 décembre, ils se disent préoccupés que « les mesures disciplinaires prises à l’encontre de ces directeurs d’école […] soient liées à leurs activités non violentes de promotion et de protection des droits de l’homme ».

Une résolution de 1999 de l’ONU stipule en effet que « nul ne peut être châtié ou inquiété pour avoir refusé de porter atteinte aux droits de l’homme » , a fortiori dans l’exercice de sa fonction. Les directeurs « défenseurs des droits » se pensent sauvés. Mais rien ne change, et Monique Lesko accentue la pression. Pour gagner du temps, elle ajoute par mail une question diverse à l’ordre du jour de la Commission administrative paritaire départementale (CAPD, consultée sur les carrières des fonctionnaires) du 26 mars : le retrait d’emploi de Claude Didier et de Rémi Riallan. Les syndicats boycottent cette commission, qui est reportée au 30 mars. Problème, ses membres n’ont pas été informés dans les délais légaux des motifs du retrait, et la moitié refusent de voter. L’inspectrice, qui semble en faire une affaire personnelle, passe en force et obtient gain de cause. Les accusés redeviennent simples enseignants pour « non-application d’une consigne » . Personne n’a encore réclamé le retrait de poste de Monique Lesko, mais les motifs ne manquent pas : non-respect des droits de l’homme, des droits de l’enfant, de la résolution de 1999, des avis de l’ONU et non-application des règles de sa propre administration.


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