Bouygues contre les webmestres

Christine Tréguier  • 24 juin 2010
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Comme l’expliquent les webmestres poursuivis par Bouygues
pour délit de « provocation directe, suivie d’effet, à la commission
de destructions, dégradations et détériorations dangereuses
pour les personnes »
, le procès « a failli avoir lieu le 11 juin ».
Petit rappel des faits : en 2004, une semaine d’action est organisée contre la société Bouygues pour sa participation à l’industrialisation de l’enfermement et de l’expulsion. Le géant du béton est en effet un des principaux maîtres d’œuvre des centres de rétention qui se multiplient. Divers tracts ayant été reproduits sur les sites Internet d’Indymedia-Paris, de z-pajol, de la CNT et de la Brigade antipub, et quelques boutiques et un chantier ayant été tagués, Bouygues a porté plainte… contre les quatre webmestres ou personnes assimilées à cette fonction. Faute de grives, on mange des merles !

Après quatre longues années de report
de l’instruction puis du procès, tout est allé très vite. L’une des avocates des accusés, Irène Terrel, a plaidé la nullité. Bouygues n’avait qu’un défenseur supplétif (Me Metzner étant retenu par l’audience autrement plus médiatique de Jérôme Kerviel),
et le président a écourté. Décision le 9 juillet. Me Maugendre, défendeur d’Isabelle, de z-pajol, a tenu à peu près ce langage au tribunal : depuis quinze ans, une association, le Gisti, a pu constater
la faillite juridique (abaissement des droits
et libertés des migrants), financière et humaine
de la politique européenne de fermeture des frontières et d’immigration zéro. D’où la réflexion autour de la liberté de circulation menée
par l’association et largement endossée par d’autres, y compris des politiques (du PS aux Verts). La demande d’arrêt de la construction des centres de rétention en est un corollaire.

La semaine d’action organisée en 2004 était donc légitime, surtout  à l’époque de la seconde loi Sarkozy sur l’immigration, et de l’augmentation des quotas, de la durée de rétention et du nombre de places (+ 900).
Voilà pour le contexte dans lequel le tract incriminé a été écrit et diffusé. Ce texte est-il une provocation ? Rien de tel dans le tract, affirme Me Maugendre. Le terme « sabotage » ? Jacques Rancière, professeur émérite au département de philosophie de Paris-VIII, a écrit
un texte pour l’occasion, intitulé « Note sur la notion de sabotage »,
dans lequel il explique que, non seulement « sabotage » a diverses significations (fabriquer des sabots ou fouler le sol avec des sabots,
par exemple) ne donnant pas lieu à répression, mais qu’il est une tradition ouvrière, une forme de « riposte économique » où les travailleurs prennent le principe du travail/marchandise au mot en fournissant un mauvais travail pour une mauvaise paie. Puis le sabotage «  est venu qualifier toute action visant à entraver l’action de celui contre lequel on se bat.
La composante symbolique du coup porté à l’adversaire compte
plus que la réalité d’un dommage provoqué à l’encontre de ses biens.
Ce qui se sabote, c’est une puissance, une autorité, une image ».

Et c’est précisément ce que Bouygues, qui préfère évoquer des « dégradations » , ne supporte pas.

Toutes les infos sur http://pajol.eu.org/rubrique190.html

Publié dans
Les blogs et Les blogs invités
Temps de lecture : 3 minutes
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