La santé en souffrance

Antoine Moreau livre
une analyse alarmante
du système de soins français, longtemps considéré comme
le meilleur au monde.

Clémence Glon  • 10 juin 2010 abonné·es

Elle décroche la plaque de son cabinet médical de campagne. Guillemette Reveyron, médecin généraliste depuis vingt-six ans dans un petit village de l’Ain, est au bout du rouleau. « J’ai atteint un point où je ne peux plus exercer dans la sérénité » , dit-elle face à la caméra. Le manque de médecins dans la région l’oblige à cumuler les gardes de nuit et de week-end. Elle prévient le Conseil de l’ordre de son état de fatigue. Sans retour. Maintenant, les habitants des alentours devront trouver une autre personne pour les soigner. Guillemette Reveyron n’est que le maillon d’une chaîne grippée depuis plusieurs années. Un constat : avec près de cinq millions de Français qui renoncent régulièrement à se faire soigner faute d’argent, le système de santé mis en place après la Seconde Guerre mondiale s’essouffle.

Dans son film, Santé sous tension, Antoine Moreau compare ce système à un plateau de Monopoly. Les règles du jeu sont simples : les patients se déplacent comme ils peuvent, du généraliste vers les services hospitaliers spécialisés, moyennant de l’argent. Ils sont libres d’avancer ou de retourner consulter. Pour ceux qui n’ont pas les moyens, la case « urgences » devient le dernier recours, même s’il n’y a aucun impératif. Des images d’archives, montrant l’espoir porté en la Sécurité sociale lors de sa création, rendent compte du décalage avec la situation actuelle. Comment est-on arrivé là ? C’est la question à laquelle le réalisateur tente de répondre.

De l’hôpital à la formation des étudiants en médecine, le documentaire explique en quoi un beau projet est devenu source d’inégalités. À travers le regard de différents acteurs de soins, le film éclaire sur la complexité d’un système qui voudrait se maintenir malgré des failles de plus en plus profondes. Les spécialistes interviewés tirent la sonnette d’alarme. Le système de santé, tel qu’il est organisé, débouche sur une médecine à plusieurs vitesses. Santé sous tension souligne ainsi un problème qui semble presque fatal. Il explique en quoi des réformes ciblées, qui dérangeront certainement des membres du milieu médical, pourraient rendre le système pérenne. Et si résorber le trou de la Sécurité sociale n’était pas mission impossible ?

Médias
Temps de lecture : 2 minutes