Un procès paradoxal

Christine Tréguier  • 17 juin 2010
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Les militants accusés par la CFDT d’avoir violé « son domicile » (son siège social) n’en reviennent pas. Hormis l’avocat, pas âme qui vive du syndicat à l’audience d’appel du 4 juin. « Ils ont tout fait pour que ça soit instruit mais ils ne viennent même pas, et ils ne font aucune com’ », ironise Ludo, l’un des accusés. « Et ça marche, ajoute-t-il, pour l’audience de première instance, pas mal de journalistes s’étaient déplacés ; là, pas un, et aucun média n’en parle ! »

Pourtant, les appelants, qui récusaient la sanction symbolique de première instance de 2000 euros d’amende avec sursis et d’un euro symbolique à la CFDT, avaient bien fait les choses. Témoins des faits attestant du pacifisme des intermittents venus rencontrer la direction de la CFDT, faute d’avoir pu le faire avant comme avec les autres instances syndicales, et du fait que le lieu avait bien apposé sur sa façade un panneau « Entrée libre ». Témoins de moralité aussi : Emmanuelle Cosse (ex-présidente d’Act Up et vice-présidente de la Région Île-de-France) et René Dutrey (conseiller municipal de Paris) pour Ludo, Jean Voisin (secrétaire de la section CGT Spectacle) et Aline Pailler (journaliste) pour Michel, le metteur en scène de la Compagnie Jolie Môme.

Le procureur a requis une peine minimale symbolique et une amende avec sursis avec inscription au casier. Autrement dit, la même chose. Fallait-il alors faire appel ? Oui, estime Michel : « Il fallait faire connaître cette affaire et défendre ceux qui pourraient écoper de la même condamnation. » Pour Emmanuelle Cosse, familière des actions éclairs d’Act Up en entreprise ou dans les administrations, il n’y a jamais eu de telle plainte. Me Terrel, l’avocate de Michel, est encore plus claire : « Une personne morale ne peut pas revendiquer un “domicile”, la notion de violation est une instrumentalisation de la justice » , et cette affaire est « un procès politique ». C’est également l’avis des nombreux militants et intermittents en lutte (Conti, Phillips CIP-IdF, etc.) qui s’étaient rassemblés devant le palais de justice. Ce devrait être aussi celui des syndicalistes CFDT. « On a bien démontré que l’occupation est un acte politique, que c’est un mode d’action des militants et des syndicalistes reconnu depuis toujours [par exemple, les occupations des usines de textile par les workers dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, NDLR]. Si nous sommes condamnés, ça fait jurisprudence, et à la prochaine occupation d’une usine par des syndicalistes, ils le seront aussi. » Voilà qui aurait dû faire venir quelques CFdétistes, s’ils n’avaient été occupés par leur congrès, qui se tenait le même jour. On peut s’interroger sur la motivation de la direction, qui a refusé d’écouter les avocats et de retirer sa plainte : ne serait-ce pas une mesquine vengeance à l’égard de mouvements qui font paraître ses positions vis-à-vis du pouvoir pour ce qu’elles sont : de la compromission et non du compromis ?

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