Qui veut ligoter WikiLeaks ?

Christine Tréguier  • 2 septembre 2010
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Dernier rebondissement dans l’affaire WikiLeaks : le plus connu de ses fondateurs, Julian Assange, a appris par la presse la semaine dernière qu’il était recherché par le parquet suédois pour viol et agression de deux femmes. Étrange coïncidence. Depuis le 25 juillet, date à laquelle le site de ressources WikiLeaks a rendu publics les Warlogs , 76 911 documents et vidéos classifiés sur les faits et méfaits de l’armée américaine (et de ses alliées) en Afghanistan, Assange est devenu la bête noire du Pentagone. Qui cherche à le réduire au silence et à empêcher la publication de 15 000 nouveaux documents détenus par le site. La pression doit être forte, car WikiLeaks a jugé bon de les poser en ligne sous la forme d’un gros fichier, apparemment crypté, avec l’algorithme utilisé par l’armée, intitulé « Assurance ». Bluff ou pas, l’Australien de 39 ans a réussi début juillet à se rendre aux États-Unis pour participer à une conférence de hackers et à ressortir du territoire. Le Pentagone qualifie le site de « danger pour l’armée américaine » et appelle ses alliés (Australie, Angleterre) à l’aider à le faire fermer.

Créé en 2006 par une poignée d’internautes, de journalistes et de mathématiciens, WikiLeaks se présente comme « l’organe de renseignement du peuple » pour changer la politique en dénonçant sa corruption. L’information comme arme contre les gouvernements pourris d’Afrique, d’Asie de l’ex-bloc soviétique et du Moyen-Orient, et contre les dérives des démocraties occidentales. Pour cela, il faut que les « sources », ceux qui divulguent et font fuiter les documents, disposent d’un média non censurable, « étanche aux attaques politiques et légales » , où leur anonymat soit protégé par une cryptographie forte, et une interface simple comme celle de Wikipédia. WikiLeaks est ce que fut la presse de la fin du XIXe, mais version planétaire et puissance 10. Depuis, des millions de documents, émanant de dissidents, groupes et individus parfois anonymes, ont été mis en ligne et soumis à un « examen bien plus minutieux que n’importe quel média ou organe de renseignements ne pourrait le faire » de la communauté WikiLeaks. Poursuivi et censuré sans succès dans les pays à tendance totalitaire, WikiLeaks a de nombreux scoops à son actif : le livre des procédures de Guantanamo, les fiches utilisateurs que Microsoft tient à la disposition de la police, les échanges de mails entre des chercheurs du Giec, la révélation des pratiques pas très nettes de la banque suisse Julius Bär, des documents de travail révélant les objectifs du confidentiel traité Acat, etc.

Julian Assange est également à l’origine de la loi votée en juillet pour faire de l’Islande un « paradis informationnel » protégeant la liberté d’information. L’avis de recherche et l’accusation de viol contre lui (émanant de la police et non des victimes) ont été démentis dès le lendemain par la procureure suédoise. Mais Assange est dans le collimateur du Pentagone et, même en Europe, il n’est pas à l’abri de ses tentatives de neutralisation. On ne lui conseille pas de chercher refuge en France, impliquée dans certains documents, où la liberté de la presse dérange et où la protection des sources n’est plus ce qu’elle était.

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