Tortures du corps et de l’âme

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La force du cinquième roman de Jérôme Ferrari, qui aborde avec Où j’ai laissé mon âme la guerre d’Algérie, tient dans ses personnages. Au premier rang desquels le capitaine André Degorce. L’action se situe en 1957 à Alger. Degorce a pour fonctions de traquer les « ennemis » et d’en extorquer des renseignements. Autrement dit, de les torturer. Contrairement à son ancien compagnon de combat d’Indochine, le lieutenant Horace Andreani, qui lui aussi torture et tue dans une villa voisine, Degorce est incapable d’assumer ce qu’il est devenu : un tortionnaire inflexible. Croyant, déporté à Buchenwald pour faits de résistance à 19 ans, père de famille, il ne comprend pas comment il en est arrivé là, et se méprise intérieurement sans pour autant avoir la force de rompre avec ce qu’il fait. Il cherche, en revanche, un hypothétique rachat à ses yeux en manifestant un improbable respect à un chef de guerre algérien qu’il détient. Alternant le point de vue d’Andreani sur Degorce et des chapitres où ce dernier est saisi dans son masochisme criminel, Où j’ai laissé mon âme ne manque pas de justesse et de complexité. Seul regret : une tendance à l’emphase. Mais la tentative difficile d’accrocher le lecteur à des personnages peu ragoûtants est réussie.


Où j’ai laissé mon âme, Jérôme Ferrari, Actes Sud, 154 p., 17 euros.

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