La raffinerie veut distiller la solidarité
À Donges, en Loire-Atlantique, les grévistes de Total ont montré la voie et bénéficient d’un soutien populaire impressionnant. Ils espèrent une amplification de la mobilisation dans d’autres secteurs.
dans l’hebdo N° 1124 Acheter ce numéro
Jean-René Jaumouillé ne veut pas parler. Trop ému, cet imposant barbu, élu CFDT et maire adjoint de Donges, préfère sortir de la doublure de son blouson un bout de papier griffonné et lire ces quelques mots d’un correspondant anonyme : « Je suis intérimaire et j’ai actuellement un contrat de travail de trois mois. Je ne peux pas faire grève car cela peut me porter préjudice pour le renouvellement de mon contrat de travail. J’ai donc décidé de verser mes heures supplémentaires aux grévistes de Donges. » « Je n’ai jamais vu ça en 30 ans de carrière », lance alors Jean-René en rangeant précieusement ce pli qu’il garde sur lui. « Ce précaire nous a laissé un chèque de 100 euros ! Vous imaginez ? 100 euros ! »
Des centaines de chèques ont ainsi été adressés spontanément aux grévistes de la raffinerie Total de Loire-Atlantique, où plus de 7 000 euros ont été récoltés en quelques jours (voir encadré page 9). D’autres parviennent aux sièges des unions locales ou à la Fédération des industries chimiques CGT, à Paris. Une caisse de grève à destination des Dongeois a été lancée à 230 km de là, à l’université du Mans, dès la fin septembre. Une