Quai 9 : une salle contre l’intox
Parmi la quinzaine de salles de consommation de drogues que compte la Suisse, celle de Genève fait office d’expert mondial en matière de réduction des risques et permet de lutter contre les idées fausses. Reportage.
dans l’hebdo N° 1125 Acheter ce numéro

Quai 9. On imagine l’endroit sur les bords du Rhône ou du Lac Léman. Pas du tout : la salle de consommation à moindre risque créée à Genève en 2001 se trouve juste derrière la gare. Un gros cube-container qui arbore entre des immeubles gris et des lignes de tramways des murs vert fluo, tel un centre d’art contemporain. Le lieu est dédié à l’accueil d’usagers de drogues qui peuvent consommer sur place. Ils n’y trouvent aucune substance psychoactive mais du matériel d’injection stérile, des kits de snif, du papier d’aluminium, des préservatifs, de la documentation, de même qu’un médecin, un psychiatre, des infirmiers et des travailleurs sociaux.
Jeunes, vieux, avec ou sans papiers, travailleurs, sans-abri, ils sont tous en situation d’addiction. « Dans la merde » , tranche, dans la salle d’accueil, Greg, travailleur social, pour évacuer d’office l’idée qu’un tel endroit pourrait faire envie. L’objectif d’une salle de consommation, c’est d’éviter d’ajouter à la galère de la drogue tous les maux qui menacent les usagers : hépatites, sida, malaises, overdoses, rupture sociale, soucis avec la justice, prises de risques sexuels, problèmes financiers…
Ceux qui passent au Quai 9 n’ont pas l’air de s’amuser. Que ce soit le jeune étranger qui débarque. « Ici, la règle, c’est pas de vente et pas de violence. L’héroïne, tu l’as sur toi ? » , lui demande la travailleuse sociale qui remplit avec lui le questionnaire anonyme remis aux nouveaux arrivants. Ou la jeune fille un peu zone qui récupère son sac à dos déposé dans une pièce à côté. En passant par le type d’allure clocharde qui répète, inquiet : « Faut pas s’énerver ou ils vont fermer… » Jusqu’à l’habitué qui discute dehors