La chasse aux mécènes est ouverte

Via leurs fondations, de plus en plus d’universités collectent des fonds auprès des entreprises pour compenser le désengagement de l’État. De quoi relativiser leur supposée « autonomie ».

Eva Delattre  • 9 décembre 2010 abonné·es

Tandis que le Medef passe par la grande porte, les entreprises entrent par les fenêtres. Trois ans après le vote de la loi LRU incitant les universités à créer leurs propres fondations – pour compenser le désengagement de l’État –, elles sont aujourd’hui 32 facs à faire la chasse aux entreprises mécènes. Certaines fondations ont pour mission de collecter des financements alloués à des projets précis. Comme celle de Montpellier-III, dédiée à la recherche en égyptologie. Mais la plupart des universités utilisent les fonds récoltés pour des actions beaucoup plus floues : « rayonnement de l’université à l’international » , « contribution à l’enseignement » , « soutien à l’excellence » … Profitant de cet appel d’air, les entreprises tissent peu à peu leur toile sur l’enseignement supérieur public.

À grands coups de dons (défiscalisés) atteignant parfois des millions d’euros, les mêmes mécènes financent les mêmes universités. Parmi les plus « prodigues », les labos pharmaceutiques comme Sanofi Aventis : en plus d’être membre fondateur de la fondation de l’université d’Auvergne – il y met au point une formation destinée « à attirer les étudiants en médecine vers l’industrie pharmaceutique » (sic) –, le groupe est également présent au sein de la fondation de l’université de Bordeaux – son PDG en est le vice-président – ou de la fondation Lyon-I. Pour le secteur bancaire, Exane, filiale de la BNP-Paribas spécialisée dans le courtage financier, donne à l’École d’économie de Toulouse, mais aussi à la fondation de l’université de Strasbourg, et siège au conseil d’administration de la fondation de Paris-Dauphine. Cette dernière compte par ailleurs dans ses grands mécènes Bolloré, Bouygues et Lagardère. De quelle autonomie parle-t-on ?

Société
Temps de lecture : 1 minute

Pour aller plus loin…

Éducation à la sexualité : l’État condamné pour 24 ans de manquements
Entretien 3 décembre 2025 abonné·es

Éducation à la sexualité : l’État condamné pour 24 ans de manquements

En France, l’éducation à la vie affective et sexuelle est inscrite dans la loi depuis 2001, organisée en trois séances par année scolaire. Dans la pratique, c’est loin d’être le cas. Face à ce manquement, le Planning familial, Sidaction et SOS Homophobie ont saisi la justice il y a deux ans et ont obtenu gain de cause le 2 décembre. Entretien avec Sarah Durocher, du Planning.
Par Caroline Baude
Sondages : « L’opinion publique est créée en même temps qu’on la mesure »
La Midinale 3 décembre 2025

Sondages : « L’opinion publique est créée en même temps qu’on la mesure »

Hugo Touzet, sociologue et auteur de Produire l’opinion, une enquête sur le travail des sondeurs aux éditions de l’EHESS, est l’invité de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien
À Nantes, la socio-esthétique apaise les corps des demandeurs d’asile
Reportage 2 décembre 2025 abonné·es

À Nantes, la socio-esthétique apaise les corps des demandeurs d’asile

Bulle de douceur, le travail de la socio-esthéticienne du centre d’accueil des demandeurs d’asile complète l’approche des travailleuses sociales en redonnant au corps la place centrale qu’il mérite, et à la personne, un temps pour soi.
Par Elsa Gambin
29 novembre : en France, une unité nationale inédite mais tardive de solidarité avec la Palestine
Mobilisation 28 novembre 2025

29 novembre : en France, une unité nationale inédite mais tardive de solidarité avec la Palestine

Ce samedi de Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, une manifestation nationale rassemblera à Paris plus de 85 organisations : associations, syndicats et l’ensemble des partis de gauche. Une configuration inédite depuis le 7 octobre 2023, la plupart des structures politiques restant jusqu’ici en retrait ou divisées lors des mobilisations. Des rassemblements ont aussi lieu sur tout le territoire.
Par Caroline Baude