Rebelle époque

L’exposition « Photo/Femmes/Féminisme » livre une histoire des femmes et de leurs combats de 1860 à nos jours.

Jean-Claude Renard  • 2 décembre 2010
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Rebelle époque
© Photo : Bibliotheque Marguerite Durand / Roger Viollet

Une figure parmi d’autres : Hubertine Auclert (1848-1914), première suffragette de la IIIe République à poser, dès 1876, le droit de vote comme prioritaire. Non sans méthodes provocatrices pour attirer l’attention du public et de la presse. Elle refuse ainsi de payer ses impôts, de se faire recenser, elle diffuse un ­timbre suffragiste, attaque une urne électorale, lance de nombreuses pétitions. En 1881, Hubertine crée le journal la Citoyenne . Après un séjour de quelques années en Algérie, elle reprend ses activités de militante en chroniqueuse pour la presse.

De presque vingt ans sa cadette, Marguerite Durand (1864-1936) est une autre femme bousculant les convenances. Elle entre au Conservatoire puis à la Comédie-Française, se marie avec le député et avocat boulangiste Georges Laguerre. Elle abandonne la scène pour la politique et le journalisme, et entre au Figaro . En 1896, elle assiste à un congrès féministe international. Un tournant. Convertie au féminisme, elle fonde l’année suivante le quotidien la  Fronde . Un canard féministe, militant, rédigé, composé et administré par des femmes. Sarah Monod, Clémence Royer, Harlor, Nelly Roussel, Marcelle Tinayre, Séverine, Néva ou encore Maria Pognon, présidente de la Ligue pour le droit des femmes, organisatrice du congrès de 1896…

Des « frondeuses » mobilisées pour les droits des femmes, défendant leur autonomie dans tous les domaines, affirmant des positions dreyfusardes, républicaines et laïques. La Fronde cesse de ­paraître en 1905. Marguerite Durand n’en poursuit pas moins son combat. En 1932, elle fonde une bibliothèque, installée place du Panthéon (elle sera déplacée dans le XIIIe arrondissement de Paris en 1989), dédiée au féminisme. Il s’agit pour elle de ­rendre visibles les femmes présentes dans l’espace public, actives dans les domaines traditionnellement réservés aux hommes, et d’archiver les témoignages des mobilisations.

Au sein de la Galerie des bibliothèques, à Paris, l’exposition « Photo/Femmes/Féminisme » s’appuie précisément sur la collection de la bibliothèque Marguerite-Durand. Outre des affiches, des cartes postales, des illustrations, des lettres manuscrites, des extraits de films d’actualités, c’est là un fonds ­photo­graphique méconnu, présenté pour la première fois. Soit deux cents clichés de 1860 à 2010, sélectionnés par Annie Metz, conservatrice à la bibliothèque Marguerite-Durand, et Florence Rochefort, ­historienne au CNRS.
En plusieurs tableaux, l’exposition avance au fil des acquis, s’ouvrant donc sur le parcours de Marguerite Durand en première patronne de presse, accompagnée de ses frondeuses rebelles dans une Belle Époque qui ne manque pas de mépris pour la gent féminine.

Calé dans l’histoire et le silence du noir et blanc, c’est le chapitre le plus passionnant de cette exposition. Le second volet concerne les célébrités des arts, du spectacle et des lettres. Des portraits de comédiennes, de peintres, de musiciennes, d’auteurs ayant marqué l’histoire dans le droit des femmes : George Sand encastrée par Nadar (à qui elle imposait de « retoucher » les images à son gré), la Goulue, modèle privilégié de Toulouse-Lautrec, la comtesse Virginie de Castiglione en fantasque mondaine, Sarah Bernhardt en crucifiée, Réjane inspirant la Berma de Proust, Camille Claudel devant sa sculpture de Persée et la Gorgone, Polaire incarnant la Claudine de Colette, Mistinguett en reine des Folies Bergère, Adrienne Monnier dans sa librairie…

Un volet éclectique avant une série de femmes photographes, de Bérénice Abbott à Sabine Weiss, d’Édith Gérin à Janine Niépce, et une autre série (ou plutôt un fourre-tout) autour du thème « métiers féminins, territoires masculins », où se bousculent ouvrières, paysannes, polytechniciennes, aviatrices et sportives.

Aux femmes engagées de boucler la boucle d’une histoire en cours d’écriture, de la Commune aux années MLF. De Louise Michel, figure majeure parmi les communardes fixées par l’objectif d’Eugène Appert, en 1871, à une manifestation suffragiste, en 1926 ; de Lise Le Bournot, résistante du maquis Daniel, à la première manifestation publique du MLF, le 26 août 1970. Autant d’aventures collectives inscrites dans une conquête des libertés.


Photo/Femmes/Féminisme, 1Galerie des bibliothèques, 22, rue Malher, Paris IVe. Du mardi au dimanche, 13 h/19 h, jusqu’au 13 mars 2011. Catalogue de l’exposition, préface de Michelle Perrot, éd. Paris Bibliothèques, 208 p., 39 euros.

Culture
Temps de lecture : 4 minutes
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