Des malades traités en délinquants
Le gouvernement a jusqu’au 1er août pour réviser l’hospitalisation sous contrainte. Son projet de réforme inquiète juristes et soignants car il fait primer la sécurité de la société sur les droits des personnes.
dans l’hebdo N° 1134 Acheter ce numéro

« Si veut le roi, si fait la loi. » C’est en ces termes que Robert Badinter, sénateur des Hauts-de-Seine, a résumé le tournant pris par la justice française, guidée par les faits divers, la prise en compte de la victime comme axe du procès, l’angoisse exacerbée de la récidive et l’aspiration sécuritaire. En ligne de mire : le discours de Nicolas Sarkozy le 2 décembre 2008 à l’hôpital d’Antony, après l’assassinat d’un étudiant par un patient schizophrène. « Les malades potentiellement dangereux doivent être soumis à une surveillance particulière afin d’empêcher un éventuel passage à l’acte » , annonçait le Président.
« Nous sommes arrivés à un moment important des croisements entre justice et psychiatrie » , a prévenu l’ancien ministre de la Justice devant un parterre de professionnels réunis le 17 décembre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, à l’occasion d’un colloque sur le thème : « La psychiatrie sous surveillance ». Se livrant à un cours magistral éloquent, Robert Badinter a mis en garde contre une justice qui tend à s’exercer non plus sur des actes mais sur ce que l’on est – un malade mental, un criminel, un étranger… D’où deux mouvements corrélés : la judiciarisation de la psychiatrie et la psychiatrisation de la justice.
La première, a-t-il souligné, a été enclenchée par la rétention de sûreté. Mise en place par la loi du 25 février 2008, cette
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