Très haute tension à La Réunion

Christine Tréguier  • 13 janvier 2011
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Lundi 3 janvier, une partie des Réunionnais se sont réveillés sans électricité. C’est grève illimitée à la Séchilienne-Sidec. Dans la nuit, les deux centrales thermiques de Bois-Rouge et du Gol (60 % de la production d’EDF) ont été progressivement interrompues. Et EDF n’a d’autre choix que d’alimenter l’île par tranches et par rotations de deux heures. En pleines vacances d’été et par 30 °C, ça perturbe ! La revendication de la CGT-EDF est simple : tous les agents de l’énergie – qu’ils travaillent pour le public ou le privé et qu’ils soient « métros » ou réunionnais – ont droit à une surrémunération pour vie chère de 53 %. Or, si certains cadres métropolitains du prestataire privé d’EDF en bénéficient, elle est limitée à 25 % pour le commun des techniciens.

Le conflit, larvé depuis fin 2009, aurait pu être résolu lors d’une réunion nationale de négociation en avril. Mais ni l’État ni la direction de la Sidec ne semblent vouloir appliquer le décret de juin 1946 relatif au statut des personnels des industries électriques et gazières, sur lequel s’appuie la CGT. Il prévoit en effet d’intégrer aux salaires les mêmes « indemnités coloniales » que celles dues aux fonctionnaires. Début décembre, après deux réunions sans résultat en métropole, la CGT-EDF brandit la menace de la grève, laisse passer les réveillons, puis coupe les hauts fourneaux. La Sidec joue le pourrissement. Pour son directeur, Pascal Langeron, « il ne peut pas y avoir de négociation, ce n’est pas un conflit interne » . Il en appelle au préfet, qui tente de réquisitionner du personnel pour assurer un service minimum, mais les grévistes se planquent. Les médias en rajoutent sur la colère des habitants et des commerçants se plaignant d’être les « otages » de grévistes « irresponsables ». Le 4 janvier au matin, des éleveurs de la Sicalait (coopérative de producteurs) vont même déverser 80 000 litres du lait qu’ils peinent à réfrigérer devant la centrale du Gol. Mais le 5, coup de théâtre, le courant revient. La CGT semble avoir habilement renversé la situation pendant les négociations par médiateur interposé de la veille au soir : en échange de deux réunions de négociation au niveau national les 7 janvier et 7 février, la grève est « suspendue », et les salariés prêts à relancer les centrales à 75 % pour ne pas pénaliser davantage la population et l’économie de l’île. « Leur proposition, c’est de s’autoréquisitionner et de s’autogérer. C’est impossible, on est soit gréviste, soit réquisitionné – et on reprend le travail » , fulmine Pascal Langeron. Comme on dit là-bas, « son dégré i monte » (« il est en train de s’énerver »). « On rétablit le jus en se réappropriant l’outil de travail qui est le nôtre, rétorque Patrick Hoarau, secrétaire général CGT-EDF, si le directeur ne veut pas qu’on reprenne le travail, il devra en assumer la responsabilité devant la population réunionnaise. » La CGT-EDF a également déposé un nouveau préavis de grève concernant la Sidec et EDF.

Ce nivellement par le haut concernerait 3 400 agents EDF en service dans les DOM, dont 116 agents Sidec à La Réunion et 58 en Guadeloupe, où la centrale du Moule s’est, elle aussi, mise en grève. Il va à l’exact inverse de la politique actuelle qui réduit les effectifs des services publics, incite l’opinion à stigmatiser ces « fonctionnaires » et leurs avantages indus, et vise à niveler par le bas. Ceci expliquant, sans doute, le silence des ministères concernés.

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