SNCF, les raisons de la pagaille
dans l’hebdo N° 1138 Acheter ce numéro
Si les tarifs augmentent, c’est la faute de Réseaux ferrés de France (RFF), clame Guillaume Pépy. La SNCF n’est en effet plus propriétaire des 30 000 km de voies qu’elle utilise quotidiennement. Elle doit s’acquitter du versement de 2,5 à 3 milliards d’euros annuels de « péages » à RFF. Problème : le prix de ces péages a été multiplié par 3 en quatorze ans. Qui a décidé de cette « expropriation » à la fois complexe et coûteuse ? En 1991, une directive de l’Union européenne impose la séparation comptable entre le réseau ferré et son exploitation. Objectif : préparer l’ouverture à la concurrence et assurer la « neutralité » du réseau censé accueillir plusieurs opérateurs, la SNCF aujourd’hui, Veolia Transport ou la Deutsche Bahn demain. Mais la France va plus loin. En 1997, les pouvoirs publics créent un nouvel établissement public, RFF, lui confient la gestion des voies… Et lui refilent la majeure partie de la dette colossale que la SNCF a contractée – notamment pour financer le développement du TGV. Aujourd’hui, cette dette ferroviaire s’élève à 29 milliards d’euros pour RFF et 7 milliards pour la SNCF. Par une manipulation comptable, l’État a essayé de se débarrasser de la « patate chaude » plutôt que de régler le problème, qui ressurgit tel un boomerang. « À cette époque, la direction de la SNCF nous disait qu’on était libérés de la dette, qu’on pouvait repartir du bon pied, se souvient Alain Combi, secrétaire fédéral du syndicat SUD-Rail. En réalité, on a vite compris qu’on avait mis sur pied une usine à gaz. »