Accident nucléaire au Japon : situation critique dans la centrale de Fukushima, la France hors de danger pour l'instant

Les rejets radioactifs continuent de polluer l'atmosphère après l’accident de la centrale de Fukushima dans le Nord-est du Japon. La France est pourtant «loin d’une situation d’urgence» , d'après le directeur de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité
(Criirad), Roland Desbordes. Interview.

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La bataille se poursuit autour des réacteurs partiellement en fusion de la centrale de Fukushima, au Japon, après la panne des circuits de refroidissement qui a suivi, vendredi 11 mars, le séisme et le tsunami.

Ce lundi, les autorités japonaises ont interdit à la consommation deux sortes de légumes verts et le lait provenant de quatre départements proches de la centrale, après la détection de niveaux anormaux de radioactivité.

L’Autorité de sûreté nucléaire française estimait que la contamination locale devra être traitée par le Japon « pendant des dizaines et dizaines d’années » probablement sur « des centaines de kilomètres autour de la centrale de Fukushima» .

En France, où les vents pourraient porter des doses infimes de radioactivité d’ici mercredi ou jeudi d’après une simulation de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le risque reste très lointain. Roland Desbordes, le président de la Criirad, se veut rassurant sur l’éventualité d’une contamination de l’Hexagone.

La situation actuelle reste préoccupante au Japon, quelles informations avez-vous ?

Ce qui est surtout inquiétant c’est que les vents ont tourné vers le sud et les zones habitées comme cela avait été annoncé. Nous avons des chiffres qui confirment que les niveaux de radioactivité augmentent vers Tokyo. Nous craignons donc dans les prochaines heures une augmentation importante de la radioactivité de l’air.

Certains produits analysés jusqu'à 120 km de la centrale ont déjà été détectés avec des taux de radioactivité élevés...

Cela concerne surtout les zones évacuées autour des réacteurs. Nous avons désormais des chiffres sur la contamination des produits frais comme les épinards ou le lait qui sont largement au-delà des normes de contamination. Il est évident aujourd’hui qu’il faut avoir une vigilance sur les produits venus de cette région et notamment de la mer.

À ce propos, le porte-parole du gouvernement japonais, Yukio Edano, parle de taux « sans danger pour la santé humaine » . Cela vous paraît-il honnête?

La question ne se pose pas en terme de « danger » immédiat, c’est de la désinformation. Il s’agit d’un risque de développer des cancers ou des anomalies génétiques à long terme, en particulier pour les enfants. Le risque augmente de façon aléatoire, mais évidemment la situation n’est pas comparable entre ceux qui mangeraient des épinards contaminés et les travailleurs de la centrale, dont on sait qu’un certain nombre vont mourir dans les jours qui suivent.

Le panache radioactif pourrait atteindre les Antilles ce lundi et la France métropolitaine mercredi ou jeudi prochain, a annoncé l'IRSN 1

Oui, mais ce n’est pas du tout une certitude. C’est une simulation qui a été faite à partir d’un panache qui se propage au gré des vents. Nous n’avons pas d’information sur la hauteur du nuage, son activité au départ et sa composition. Il a touché les États-Unis, où nous n’arrivons pas à avoir de chiffres. Il pourrait éventuellement traverser l’Atlantique mais rien n’est certain.

Nous nous en tenons à ce que nous indiquent les balises que nous avons installées comme l'on fait d’autres réseaux indépendants. Il n’est pas impossible que nous trouvions des petites quantités de radioactivité en France, mais ils ne seraient pas a priori à des niveaux sanitaires. Sauf si la situation au Japon se dégrade complètement. Cela ne nécessitera pas de contre-mesures de protection, comme nous abriter par exemple.

Est-ce qu’il faut acheter des comprimés d’iode ?

Il n’est pas question pour le moment de s’en administrer, la France est loin d’une situation d’urgence. Mais vu le parc nucléaire français, tout le monde devrait en avoir chez soi dans sa pharmacie. Il n’est en revanche pas question aujourd’hui d’appeler les gens à aller s’en procurer. Cela créerait une pénurie et un vent de panique inutile.

Estimez-vous que l’information est suffisante de la part des autorités japonaises ?

Les autorités nationales bloquent tout au Japon, comme en France au moment de la crise de Tchernobyl (en 1986). Ce n’est pas le cas des autorités locales qui prennent des initiatives pour retirer des produits de la consommation et qui tentent d’informer la population.


  1. L’institut de radioprotection et de sureté nucléaire, l'IRSN, et Météo France ont modélisé le déplacement du panache radioactif. 


Pour surveiller la radioactivité sur le sol français :

L’IRSN, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, propose une carte interactive des prélèvements de radioactivité en France.

Photo : capture d'écran Isrn

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