Dossier : Peut-on sortir du nucléaire ?

Catastrophe nucléaire au Japon : est-il possible de sortir du nucléaire ?

Au Japon, le séisme et le tsunami hors norme ont provoqué de très graves accidents sur des réacteurs nucléaires. En perdition, la centrale de Fukushima Daïchi menace d’être un nouveau Tchernobyl. Malgré les risques, les débats sur la sortie du nucléaire en France sont toujours difficiles.

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Depuis samedi dernier, la géographie noire du nucléaire connaît une tache supplémentaire : Fukushima Daïchi. Endommagée par le séisme et le tsunami qui ont ravagé la côte nord-est du Japon vendredi dernier, la centrale japonaise, située en bord de mer, a rejoint Three Mile Island (1979, États-Unis) et Tchernobyl (1986, Ukraine) dans la galerie des catastrophes majeures qui ont sinistrement marqué l’industrie de l’atome civil. Plusieurs des bâtiments abritant les six réacteurs de la centrale ont été partiellement détruits par des explosions.

En cause : la défaillance des circuits de refroidissement. La montée de la température dans le cœur d’au moins quatre réacteurs, après avoir provoqué la surpression responsable des premières explosions, avait, selon toute probabilité, engagé la fusion du combustible nucléaire, avec des taux de radioactivité importants détectés à Tokyo, à 250 kilomètres au sud. En perte de contrôle de la situation, le Japon a demandé l’aide d’experts internationaux. Des militants écologistes mais aussi un expert comme Peter Bradford, ancien directeur de la Commission de surveillance nucléaire états-unienne, qualifiaient le péril de nouveau Tchernobyl. L’explosion du réacteur n° 4 de la centrale ukrainienne avait pulvérisé dans l’atmosphère une partie du combustible fondu, provoquant une gigantesque contamination de l’environnement, des morts par dizaines de milliers et des maladies qui, aujourd’hui encore, se déclarent aux alentours du site.
Et puis Fukushima Daïchi n’est pas la seule centrale en péril. Au total, sur les 11 réacteurs arrêtés à la suite du séisme, 8 présentaient des problèmes avec leur système de refroidissement.

L’onde de choc est telle qu’en l’espace de quelques heures, partout sur la planète, le débat sur la sûreté nucléaire a relégué au second plan de l’actualité la catastrophe humanitaire japonaise. Alors que l’industrie de l’atome se félicitait d’une reprise d’activité – 62 réacteurs sont en cours de construction dans le monde –, les spécialistes s’attendent à un nouveau coup d’arrêt.

Décisions et réactions se sont rapidement succédé. L’Allemagne gèle pour trois mois son plan ­d’allongement de la durée de vie des réacteurs nucléaires. La Suisse suspend le projet de renouveler ses centrales, et le gouvernement britannique s’interroge de même. En Italie, particulièrement exposée aux séismes, s’élèvent des appels à dire « non » au prochain référendum sur la construction de nouveaux réacteurs. Le commissaire européen à l’Énergie appelle à un sommet sur la sécurité nucléaire. Aux États-Unis, des parlementaires ont demandé un moratoire sur le nucléaire, alors que le gouvernement a accepté l’an dernier d’apporter sa garantie à des prêts pour construire la première centrale dans le pays depuis l’accident de Three Mile Island.

En France, le pays le plus dépendant du nucléaire au monde – 80 % de la production nationale d’électricité, avec 58 réacteurs –, les écologistes ont immédiatement remis en scène l’exigence d’une sortie du nucléaire, alors que Nicolas Sarkozy a engagé la construction d’un réacteur EPR de nouvelle génération à Flamanville, et qu’un autre est attendu à Penly.
Les pontes de l’industrie nucléaire française et le gouvernement, qui se sont empressés dans un premier temps de rassurer sur le cas français par des commentaires lénifiants 1, convenaient mardi que la situation était « extrêmement grave » , le « pire scénario » .

Certes, le Japon est l’unique pays au monde aussi nucléarisé dans une zone à haut risque sismique – 55 réacteurs, produisant plus du tiers de son électricité. Cependant, l’argument a rapidement été mis en sourdine. D’abord, parce qu’une demi-douzaine de sites français connaissent aussi des risques sismiques importants, dont la centrale alsacienne de Fessenheim, la plus vieille du pays (34 ans de service). Mais surtout parce que l’accident japonais soulève pour l’industrie nucléaire des questions de fond. Plus question d’accuser une technologie peu fiable et un manque de compétence du personnel, comme après Tchernobyl : le parc nucléaire japonais est réputé sûr, et ses opérateurs sont hautement qualifiés. Et les dysfonctionnements du système de refroidissement constatés à Fukushima Daïchi peuvent se produire sans séisme, relèvent les experts Benjamin Dessus et Bernard Laponche, de l’association Global Chance, spécialisée dans les questions d’énergie 2 : perte d’alimentation, inondation (c’est arrivé au Blayais en 1999, où l’on a frôlé la catastrophe), pièces défectueuses, etc. L’autorité de sûreté nucléaire (ASN) elle-même reconnaissait récemment que le cœur des réacteurs français pouvait connaître des défauts de refroidissement !

En l’espace de quatre jours, le gouvernement français est passé de sa suffisance habituelle – le nucléaire français est le plus sûr du monde –, au branle-bas de combat qu’imposent les batailles politiques, n’excluant pas, pour la première fois, la tenue d’un débat sur le nucléaire en France.


  1. Dont ceux du ministre de l’Énergie, Éric Besson, grand promoteur de l’atome, qui signait le 24 février un accord de coopération nucléaire entre la France et le Chili, pays à haut risque sismique. 

  2. Sur http://blogs.mediapart.fr, chercher « accident japonais ». 


Le séisme en quelques chiffres

10 000 morts

ou plus…C’est le bilan humain provisoire de la catastrophe. Environ 450 000 personnes étaient sans abri mardi 15 mars.

130 milliards d’euros

ou plus… C’est le coût temporairement estimé de la reconstruction au Japon après le séisme, le tsunami et l’accident nucléaire.

70 000 personnes

ont été évacuées dans un périmètre de 20 km autour de la centrale de Fukushima Daïchi.

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