Carrefour : les négociations reprennent après une mobilisation inédite

Après la forte mobilisation des employés de Carrefour le 9 avril, la direction ouvre des négociations salariales ce mercredi. Pas sûr que cela suffise à calmer l’exaspération générale du personnel.

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L’annonce n’aura pas permis de court-circuiter la mobilisation : vendredi, à la veille de la journée de grève des salariés de Carrefour, la direction du groupe annonçait la réouverture des négociations salariales. Les syndicats, qui avaient rejeté à l’unisson l’augmentation proposée lors des négociations annuelles obligatoires, ont maintenu l’appel à la grève… et le succès de la mobilisation a surpris tout le monde.

« L’appel a été suivi dans 150 magasins environ. 50 étaient complètement bloqués et une quarantaine en barrages filtrants. Dans un secteur comme le nôtre c’est une mobilisation historique , souligne Franck Gaulin, délégué national CGT chez Carrefour. C’est la première fois que les trois organisations syndicales principales de l'enseigne lançaient un appel commun. »

Ce mercredi, la direction de Carrefour et les syndicats négocieront donc dans un rapport de force inconnu pour la grande distribution, un secteur où les revendications des employés n'ont jamais été entendues. Jusqu’alors, la direction proposait une augmentation de salaire de 1 % en mars et de 1 % en octobre. « C’est très insuffisant, surtout quand on sait ce que les actionnaires se mettent dans la poche » , tranche Franck Gaulin.

Ces revendications salariales cachent par ailleurs une exaspération beaucoup plus profonde des employés du groupe. Ces dernières années, la restructuration des magasins a dégradé les conditions de travail. En deux ans, 8 000 postes ont été supprimés et le « nouveau modèle opérationnel » pourrait bientôt généraliser le travail de nuit. La réorganisation, déjà à l'œuvre dans plusieurs magasins, exige aussi plus de polyvalence de la part des employés sur le modèle des hard discounts . « La direction ne voit que ses profits , s’agace Franck Gaulin, et leur appétit pour les dividendes grandit à mesure que notre pouvoir d’achat diminue. »

Carrefour a aussi été condamné par la justice pour entrave à la loi sur le salaire minimum ; ses recours ont été déboutés par la Cour de cassation le 15 février dernier (voir notre article «Carrefour payait ses employés en dessous du Smic»). Des procédures en justice sont en cours dans plusieurs villes de France contre ces pratiques qui s'étaient généralisées au sein du groupe. Le parquet d'Evry a requis, lundi, une contravention de 7 500 euros par salarié lésé.

Les salariés sont donc suspendus aux annonces de la direction du groupe sur la question des salaires qui cristallise le malaise... sans toutefois nourrir trop d'espoirs : « On connaît les méthodes de la direction, ils sont très intelligents pour court-circuiter les mobilisations , prévient Zohra Abdallah, déléguée syndicale à Sevran. Mais si on n’obtient pas d’avancées significatives en terme de salaire, on est prêts à partir. Il y a un vrai ras-le-bol pour les salariés. »


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