Le foot français voudrait-il se purger de sa « racaille » ?

Selon Mediapart, des «quotas discriminatoires officieux» sont instaurés dans les centres de formation du foot français. Des consignes seraient également diffusées pour limiter à 30 % la part de joueurs bi-nationaux dans les circuits de formation.

Erwan Manac'h  • 29 avril 2011
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Le foot français voudrait-il se purger de sa « racaille » ?
© Photo : AFP / Franck Fife.

« Plusieurs dirigeants de la Direction technique nationale de la Fédération française de football (FFF), dont le sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc, ont approuvé dans le plus grand secret, fin 2010, le principe de quotas discriminatoires officieux dans les centres de formation et les écoles de foot du pays. » D’après Mediapart , des consignes ont été données aux centres de formation des clubs, qui sont gérés de façon indépendante, ainsi qu’au centre technique national de Clairefontaine, administré par la FFF. Un plafond de 30 % aurait même été avancé pour les joueurs bi-nationaux.

Laurent Blanc, le sélectionneur de l’Équipe de France, s’est dit « outré » par ces accusations qui le visent directement. De son côté, l’Olympique lyonnais avance des chiffres : « Notre centre de formation compte 44 jeunes joueurs sous contrat, parmi lesquels un total de 15 garçons blancs. J’ajoute que sur les 10 contrats d’aspirants que nous venons de proposer au titre de notre dernier recrutement, il y a 7 joueurs de couleur et 3 joueurs blancs » , explique Rémi Garde, patron du centre de formation de l’OL, dans les colonnes de l’Équipe du jour. Mais Médiapart dit avoir des preuves et cite des sources internes à la FFF. Le site Internet assure que ces révélations ont été finement recoupées, au prix d’un travail de plusieurs journalistes sur plusieurs jours.

La FFF plaide le quiproquo… et s’enlise

« La seule chose qui a été évoquée, c’est le problème de la formation. On se retrouve à former des jeunes qui, ensuite, vont jouer pour des sélections étrangères » , déclare Philippe Tournon, chef de presse de l’équipe de France, toujours dans l’Équipe . La FFF se serait donc interrogée sur la formation des joueurs bi-nationaux, qui viennent remplir les rangs des équipes étrangères. « La proportion de « 30 % » a même été avancée, le 8 novembre 2010, par le directeur technique national lors d’une réunion de la DTN, pour les joueurs bi-nationaux » , précise Médiapart . Mais, l’ «expression s’est vite résumé dans les débats aux seuls joueurs noirs ou arabes» . Il s’agirait donc de consignes officieuses, incitant à une discrimination à plus grande échelle. Médiapart promet d’en apporter la preuve.

En attendant, les membres de la FFF plaident le raccourci de langage, dans des discussions techniques portant sur la formation des jeunes pousses. Les échecs retentissants de l’équipe de France à l’Euro 2008 et au Mondial 2010 auraient incité les formateurs à orienter leur recrutement vers des jeunes plus techniques, moins véloces athlétiquement. L’argument n’en est pas moins fondé sur des généralisations racialistes : les noirs costauds seraient ainsi écartés aux profits de blancs, fins tacticiens.

Extrait de l’article de Médiapart  :

« Selon la teneur des débats qui traversent la DTN depuis plusieurs mois, il faudrait rompre avec un « stéréotype de joueurs », les « grands costauds, puissants », d’après les termes employés devant témoins par Laurent Blanc. « Et qu’est-ce qu’il y a comme grands, costauds, puissants ? Des blacks. C’est comme ça. C’est un fait actuel. Dieu sait que dans les centres de formations et les écoles football, il y en a beaucoup ».»

Purger le foot de la « racaille »?

« Il n’est pas inhabituel d’entendre dans les couloirs de la direction technique nationale des responsables parler des joueurs musulmans comme d’ « islamistes », de « gris » ou de « sarrasins » »* , rapporte encore Mediapart . Cette nouvelle affaire s’inscrit dans la lignée de la tragi-comédie du Mondial 2010 en Afrique du Sud [^2]. La grève des Bleus avait soulevé un vent de commentaires d’ordre raciaux et religieux.

  • Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé et des Sports, avait brocardé « une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés » dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, lors des questions au gouvernement le 23 juin 2010.
  • Benjamin Lancar, le président des jeunes UMP, avait fustigé deux jours plus tard, une « équipe de racaille » et « des tensions ethniques dans cette équipe… On voit bien le rejet que Gourcuff [un joueur blanc de peau] a reçu. *Même Emmanuel Petit a parlé de l’islamisation de cette équipe ».** (Voir notre baromètre des dérapages racistes de l’UMP).
  • Alain Finkielkraut avait de son côté parlé d’une équipe de « voyous » et de son « envie de vomir avec la génération caillera » , le 20 juin 2010. Le « philosophe » analysait même ce jour-là que la France « contemple le spectacle de sa désunion, de sa possible déliquescence » .

D’après Médiapart , des pressions s’exercent désormais au sein de la FFF dans la lignée de ces réactions nauséabondes pour prendre des mesures d’éloignement contre les joueurs – noirs arabes et/ou musulmans – jugés responsables de l’échec du Mondial de Knysna (Afrique du Sud). On attend désormais la publication par Médiapart des preuves liées aux révélations de ce jeudi.


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[^2]: Les bleus avaient refusé de s’entrainer devant les journalistes pour protester contre l’expulsion de Nicolas Anelka, après la publication en Une de l’Équipe de propos insultants qu’il aurait eu envers son entraineur à la mi-temps d’un match du Mondial.

Société
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