L’offensive de la gauche de droite

DSK, Cohn-Bendit, Valls… Ces leaders de gauche qui oublient la justice sociale au nom de l’ordre libéral. Modernité, conservatisme, réforme, rupture : quand les mots ne veulent plus rien dire. La gauche s’intéresse-t-elle encore au sort des classes populaires ?

Michel Soudais  • 7 avril 2011
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L’offensive de la gauche de droite
© Photo : NGAN / AFP

En près de 140 ans de république parlementaire, plusieurs formations politiques, naguère à gauche de l’échiquier politique, ont glissé à droite sous la pression d’événements extraordinaires, de mutations socio-économiques ou de l’apparition de courants plus radicaux. Ce mouvement de l’histoire est-il en train de se répéter ? Face à la mondialisation et au capitalisme financiarisé qui l’accompagne, face aux inégalités entre revenus du travail et du capital, face aussi au dérèglement climatique ou à l’épuisement progressif des ressources naturelles, « la » gauche avance des réponses souvent opposées : sur le partage des richesses, les protections sociales, le rôle de l’État, le mode de développement économique, les institutions, l’Europe, le niveau de régulations internationales… Ces réponses dessinent a minima deux grandes orientations concurrentes. Au nom d’une vision « moderne », la première se satisfait d’accompagner – de gérer – le mouvement du monde en appliquant de plus en plus parcimonieusement quelques pansements. Au nom d’un héritage historique, la seconde s’accroche à la préservation des grands acquis sociaux sans pour autant renoncer à son ambition, encore brouillonne, d’inverser le cours des choses.

Entre soi-disant « modernes » et prétendus « conservateurs »,
les premiers n’ont pas encore gagné la partie. Mais ces tenants d’un recentrage qui affecterait surtout le PS gagnent du terrain. Leur appréhension des problèmes, y compris la reprise du prisme sécuritaire, n’est pas sans rappeler l’évolution qu’a connue le SPD allemand, quand Gerhard Schröder a jugé qu’il n’était « plus souhaitable d’avoir une société sans inégalités » , ou le Labour sous la férule de Tony Blair. Que le champion du moment puisse être le directeur général du FMI est significatif de ce basculement. La « vraie gauche », expliquait Dominique Strauss-Kahn à l’été 2006, ce sont ceux – au nombre duquel il voudrait bien être – qui sont capables de garder le pouvoir au bout de cinq ans. Ce que n’ont fait ni Jospin ni Mitterrand. Sans doute faute d’avoir pu concilier une pratique gouvernementale en accord avec les idées qu’ils étaient censés défendre.


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Publié dans le dossier
Enquête sur la gauche de droite
Temps de lecture : 2 minutes
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