«Qui a tué l’écologie ?» : l’absence de radicalité nuit gravement à la planète

Si la charge de Fabrice Nicolino est violente, son livre pose une question légitime : alors que la crise planétaire s’aggrave, peut-on la résoudre en se concertant avec les responsables du marasme ?

Patrick Piro  • 14 avril 2011
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«Qui a tué l’écologie ?» : l’absence de radicalité nuit gravement à la planète

Voilà un brûlot qui va en fâcher plus d’un, c’est un euphémisme. Avec Qui a tué l’écologie ? , le journaliste Fabrice Nicolino, ancien collaborateur de Politis , s’en prend frontalement aux principales écuries associatives du milieu – la Fondation Nicolas-Hulot, France nature environnement, Greenpeace et le WWF –, accusées d’impardonnables compromissions avec les grands commis de la destruction de la nature, intérêts économiques et politiques confondus.

L’auteur n’est pas réputé pour sa complaisance ni sa nuance. Dans de précédents ouvrages, il dézinguait les pesticides, les agrocarburants ou l’agro-industrie de la viande en analyses rageuses et pugnaces, pour dénoncer des mondes prospérant sur l’obsession productiviste, la rapacité, le mépris de la nature et des petits. Et il balance des noms, déroule pedigrees et parcours façon détective privé. Même si sa méthode, sa gouaille ou ses raccourcis peuvent agacer, c’est efficace, et l’auteur n’est pas accablé de procès en diffamation.

Dans Qui a tué l’écologie ? , on retrouve de familiers méchants, mais la raclée est d’abord administrée au sérail des défenseurs patentés de la nature, que l’auteur fait « complices » de l’entreprise de destruction planétaire. Il leur reproche d’avoir abandonné le radicalisme de la lutte de terrain et de composer avec l’adversaire, dans l’intérêt de leurs structures associatives notabilisées, par carriérisme parfois et naïveté politique souvent.

L’accusation est grave, taillée à la hache, parfois légèrement étayée et si généreusement arrosée de railleries que le procureur est soupçonnable de régler des comptes personnels avec les  « écologistes de salons parisiens » .
Cependant, ce livre est utile parce qu’il pose des questions légitimes : alors que la crise planétaire s’aggrave et que le système en place en porte la responsabilité majeure (qui en doute ?), peut-on espérer provoquer la mutation qui s’impose en se concertant avec les ordonnateurs du marasme ?

Parmi les arguments de Nicolino, on s’attachera surtout à son décorticage du Grenelle de l’environnement, fiasco s’il en est : pourquoi les associations ont-elles si vite accepté les conditions de Nicolas Sarkozy (dont l’éviction du nucléaire dans les débats) ? Pourquoi persistent-elles à discerner un verre au dixième plein quand s’accumulent les humiliations (abandon de la taxe carbone, dissolution des mesures antipesticides, redéploiement autoroutier…) ? Pourquoi ne semblent-elles pas avoir tiré de conclusions à la hauteur de ce magistral enfumage orchestré par le gouvernement et ses alliés (Medef, FNSEA, lobby nucléaire) ?

L’avenir dira si l’entreprise de l’auteur est salutaire ou égotique. On imagine qu’à défourailler à la hussarde, il attente collatéralement à la flamme de militants éberlués. Mais peut-être certains attendaient-ils qu’un franc-tireur mette les pieds dans le plat…

A lire aussi, Les « tueurs » se défendent : Le livre de Fabrice Nicolino accuse quatre des principales associations environnementales d’avoir « tué l’écologie » en se compromettant avec le pouvoir. Elles s’expliquent.

→ Soutenez le prochain reportage de Politis.fr en Amérique du Nord, à la rencontre des victimes de l’exploitation des gaz de schiste et des militants opposés à cette technique destructrice.

Idées
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