Le fond de l’air est sec

En France, la sécheresse s’accentue, les céréaliers arrosent et la question du refroidissement des centrales nucléaires se pose.

Claude-Marie Vadrot  • 13 mai 2011
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Le fond de l’air est sec
© Photo : Thierry Zoccolan / AFP

Dans ses titres, la majorité des médias explique que les «  agriculteurs sont inquiets  » face à la sécheresse qui frappe, à des degrés divers, l’ensemble du territoire français, à l’exception de la région de Perpignan et du Sud de la Corse. Quels agriculteurs ? Les céréaliers qui abreuvent leurs maïs et leurs céréales aux heures les plus chaudes de la journée ? Mardi dernier, entre 11h30 et 13h, du train qui relie le Loiret à Paris et traverse une partie de la Beauce et du Gâtinais, j’ai compté 45 arroseurs géants en pleine action. Des engins dont toutes les études ont démontré que 90 % de l’eau qu’ils lancent en jets impressionnants aux heures chaudes s’évapore immédiatement et que seuls 10 % pénètrent dans le sol. A qui fera-t-on croire que les paysans industriels qui exploitent les grandes surfaces de céréales ne peuvent pas utiliser des arroseurs monstrueux qui se déplacent tout seuls dans les champs, les faisant fonctionner le soir ou la nuit ? Au moment ou au moins 50 % de l’arrosage, les nuits restant relativement fraîches, seraient utiles. Ce qui réduirait très sensiblement les énormes prélèvements effectués depuis déjà plusieurs semaines sur des nappes phréatiques exceptionnellement basses : 60 % des réserves souterraines se situent largement en dessous du niveau normal observé au milieu de printemps.

Mais qui, quel gouvernement osera demander à la Fédération nationale des syndicats d’exploitant agricoles, la FNSEA, de se conduire de façon écologiquement responsable ? Une FNSEA dirigée depuis le mois de décembre 2010 par Xavier Beulin. Un céréalier qui est accessoirement exploitant agricole dans la Beauce. Accessoirement, car plutôt que de diriger un grand syndicat agricole, il pourrait exercer la même fonction au Medef puisqu’il occupe des fonctions importantes dans des sociétés et des organismes agro-industriels. Ce qui l’amène à expliquer que le bio est une utopie et qu’il est favorable aux OGM «  parce que la France en importe environ 40 millions de tonnes par an pour nourrir le bétail  ».

Pour pallier la situation de grande sécheresse qui s’annonce, Xavier Beulin préconise simplement d’ouvrir les friches à la fauche et au bétail et de recueillir l’eau dans des réservoirs. Il explique aussi, comme la ministre de l’Ecologie, qu’il faut faire la chasse aux fuites sur les réseaux de distribution d’eau potable. Problèmes : l’herbe des friches n’a pas été plus arrosée que le reste du pays, et elles sont de plus en plus nombreuses. Pour remplir les réservoirs il faudrait d’abord qu’il pleuve et ensuite qu’ils soient immenses ; d’autre part l’utilisation domestique de l’eau ne représente qu’à peine 20 % de la consommation contre 80 % pour l’agriculture. Donc, l’alternative évidente que Xavier Beulin, la ministre de l’Ecologie et le ministre de l’Agriculture ne veulent même pas envisager, c’est qu’il faut changer rapidement de méthodes agricoles puisqu’il semble difficile de modifier l’évolution du climat. Et si 23 départements sont déjà concernés par des restrictions d’eau, les maires et préfets s’intéressent plus au lavage des voitures et à l’arrosage des jardins potagers qu’aux agriculteurs céréaliers qui ne respectent ni interdictions ni horaires « conseillés ».

Dernière conséquence d’une plus grave sécheresse qu’en 1976 et 2003, l’état des fleuves et des rivières est de plus en plus préoccupant : les pollutions agricoles, municipales et industrielles y sont de plus en plus concentrées par le manque d’eau. Situation qui touche déjà la faune et la flore aquatique et tous les animaux qui se nourrissent de la faune des cours d’eau. Il suffit de constater l’état de la Seine ou de la Loire (à leur étiage de fin d’été) pour comprendre que la question de leur niveau va se poser d’une façon particulièrement tragique pour la biodiversité. Depuis des années, les différents ministres de l’Ecologie, tout en affichant des préoccupations inefficaces pour les grands fleuves, laissent se dégrader des dizaines de milliers de kilomètres de petites rivières qui constituent ou plutôt constituaient un réseau irremplaçable pour le maintient de la biodiversité. Or, les agriculteurs ne puisent pas seulement dans les nappes mais aussi, subrepticement, dans ces cours d’eau qui sont une fois de plus en voie d’assèchement et de concentration de pollutions. Une rapide enquête évalue à 2000 kilomètres la longueur de rivières disparue depuis janvier.

Ultime interrogation : comment seront refroidies la plupart des centrales nucléaires qui puisent leur eau dans des fleuves ou des rivières ? Réponse simple : soit des arrêtés préfectoraux autoriseront une plus grande concentration de radionucléides dans les eaux rejetées, soit elles seront mises à l’arrêt. Cela pourrait être très prochainement le cas de la centrale de Civaux si le niveau de la Vienne où elle s’approvisionne continue de baisser, au point que les restrictions d’usage sont à leur maximum…

Écologie
Temps de lecture : 4 minutes
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