Les boucs émissaires de Sarkozy

Des étrangers menaçants, des fonctionnaires flemmards, des chômeurs profiteurs, des juges laxistes… Nicolas Sarkozy use et abuse de la bonne vieille figure du bouc émissaire. Des simplifications dangereuses qui divisent et empêchent d’aborder les véritables problèmes.

Ivan du Roy  • 12 mai 2011
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Les boucs émissaires de Sarkozy
© Photo : AFP / Federberg

Il est déjà entré en campagne. Et ratisse la France, secteur par secteur, territoire par territoire. Pas moins de neuf déplacements en un mois, à la rencontre des PME en Auvergne ou des professions libérales à Versailles, pour parler réinsertion scolaire en Midi-Pyrénées ou « soins hospitaliers de proximité » dans une clinique privée francilienne, pour soutenir le nucléaire dans le Nord ou la filière bois en Corrèze… Et ce n’est que le début. Pendant de cette stratégie de reconquête électorale, la désignation à l’opprobre national de toute une série de populations. Sarkozy et ses lieutenants ne cessent de jouer sur les stéréotypes, réactivent de vieux clichés enfouis dans notre inconscient. Derniers en date : les allocataires du RSA, frappés d’indignité nationale par Laurent Wauquiez, jetés à la vindicte de « ceux qui travaillent » (lire p. 22) pour éviter la question de fond, celle de l’augmentation des salaires. Il y a le chômeur fainéant, mais aussi le fonctionnaire inefficace, le musulman culturellement menaçant, le jeune de banlieue forcément délinquant, les juges trop laxistes, les écolos rétrogrades, l’immigré profiteur ou l’intello de gauche plein de bons sentiments.

Le procédé est toujours le même : d’une exception, d’un comportement abusif, d’un tragique fait divers, d’une image simpliste, on édicte une généralité, érigée en problème national. Une véritable politique publique de la vindicte et du ressentiment. On ne change pas une stratégie marketing qui gagne, et on ne compte plus les sorties du Président et de ses sbires, contre l’étranger, ou présumé tel – du musulman au Rom en passant par le Français naturalisé – et l’État de droit et tout ce qui l’incarne, de la justice aux protections sociales. Face à cet usage tous azimuts du stéréotype, difficile de lutter. D’autant que le principal média, la télévision, favorise émotion et simplification. Reste que l’histoire nous a enseigné jusqu’à quelles aberrations le dangereux jeu du pouvoir actuel peut mener. Et, surtout, que quatre ans d’agitations élyséennes n’ont réglé aucun des véritables problèmes d’aujourd’hui ni anticipé les enjeux de demain.

Publié dans le dossier
Les boucs émissaires de Sarkozy
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