Les malades dangereux 

Ingrid Merckx  • 12 mai 2011 abonné·es

«Les droits de l’homme, pour moi, ce sont avant tout les droits de la victime » , déclare Nicolas Sarkozy en juillet 2006. Romain Dupuy, qui a tué deux soignantes dans son hôpital psychiatrique à Pau, a été déclaré irresponsable. Le ministre de l’Intérieur promet qu’un procès pourra avoir lieu même en cas d’irresponsabilité pénale. Juger les fous, c’est le retour à la France d’avant 1810. à Grenoble, un jeune homme se fait poignarder par un patient échappé de l’hôpital. « Les malades potentiellement dangereux doivent être soumis à une surveillance particulière afin d’empêcher un éventuel passage à l’acte » , annonce le président le 2 décembre 2008 à l’hôpital d’Anthony. Il en profite pour réclamer une réforme de l’hospitalisation psychiatrique, dans la foulée de la loi sur la rétention de sûreté.

Ce discours marque la rupture du lien entre l’acte commis et la détention. On peut désormais emprisonner quelqu’un au motif non de ce qu’il a fait mais de ce qu’il pourrait faire. La conception de la justice française est renversée. L’enfermement prime sur l’insertion alors que moins de 1% des personnes atteintes de troubles mentaux sont impliquées dans des crimes et délits jugés. L’actuel projet de loi sur l’hospitalisation sous contrainte s’inscrit dans cette politique d’exclusion. Laquelle vient aisément assimiler malades et délinquants, et masquer l’incurie due aux manques de moyens des milieux hospitaliers et pénitentiaires.


Illustration - Les malades dangereux 

Publié dans le dossier
Les boucs émissaires de Sarkozy
Temps de lecture : 1 minute