Jean-Luc Mélenchon : « Pas question de ne pas aller jusqu’au bout »

Intronisé par le PC avec 59 % des voix, Jean-Luc Mélenchon est désormais le candidat officiel du Front de gauche. Il veut titulariser les précaires du public, un salaire maximum, sortir de l’Otan, un référendum sur le nucléaire… Il préconise une rupture avec la politique « autoritaire » européenne.

Denis Sieffert  et  Michel Soudais  • 23 juin 2011 abonné·es
Jean-Luc Mélenchon : « Pas question de ne pas aller jusqu’au bout »

Le Front de gauche a son candidat à l’élection présidentielle. Après le vote interne des militants communistes, Jean-Luc Mélenchon, qui portera les espoirs de cette alliance élargie à trois nouvelles formations, explique aux lecteurs de Politis comment il conçoit son rôle, le sens du « programme partagé » qu’il défendra. Le coprésident du Parti de gauche dévoile aussi les objectifs de la campagne qu’il conduit désormais.


Politis : Vous êtes depuis ce week-end le candidat du Front de gauche. Mais vous l’étiez déjà en quelque sorte. Qu’est-ce qui change ?

Jean-Luc Mélenchon :  Grâce au vote des communistes, tout. Avec les décisions communes du PG, de la Gauche unitaire, du PCF, de la Fase, de Convergence et Alternatives, de République et socialisme, l’autre gauche a surmonté son penchant mortifère pour la division. C’était à mes yeux sa principale faiblesse. En 2007 aussi, un large rassemblement s’était constitué avec l’objectif d’une candidature commune à la présidentielle. Mais, malgré des heures de travail et de dévouement, cela n’avait pas abouti. Et l’autre gauche s’était fragmentée en poussières à l’élection suivante. Beaucoup se demandaient donc si nous étions capables de faire l’unité que nous proclamions. Ce doute est levé. Partant de là, beaucoup de personnes vont se mettre en mouvement. D’autant plus que notre campagne commune peut maintenant commencer et qu’elle sera ouverte à tous et à chacun. À tous ceux qui le peuvent, je donne d’ailleurs rendez-vous le 29 juin prochain pour prendre la place Stalingrad, métro Jaurès à Paris, et lancer notre campagne.


Êtes-vous capable de passer du « je » au « nous » comme vous l’a demandé Pierre Laurent ?


Il y a là un grand malentendu. Je dis « nous » modestement quand je m’y sens autorisé. À l’ère des médias, le rythme de la scène publique n’est pas celui des organisations collectives : quand un événement surgit, il faut réagir une demi-heure après ou choisir de se retirer de la scène publique. Dire « je », c’est protéger la liberté que d’autres viennent dire « nous pensons… » en ayant eu, quant à eux, le temps de consulter. Je veux bien dire « nous » tout le temps, mais après il faudra assumer. Ce sera le règne du correctif permanent et de son ridicule. Le travail d’un candidat ou d’un porte-parole est sans cesse dans ce maniement délicat de la parole collective et de la parole personnelle.
Vous allez donc continuer à alimenter votre blog pendant la campagne ?
Il ne faut pas que l’on sombre dans la grisaille. Que subitement la parole soit rabotée pour être conforme à ce qui convient à tout le monde en même temps, et que je joue la comédie de disparaître en tant que personne. J’espère que la campagne sera collective mais qu’elle sera aussi portée individuellement par tous ceux qui vont s’y associer. Nous ne pourrons pas la faire sur le modèle des armées régulières. Nous ferons forcément une campagne de francs-tireurs et partisans, une campagne de guérilla où chacun s’y met, monte au front, revient chez lui… Il est très important que souffle sur notre campagne l’air de l’autonomie et de l’implication personnelle. Pour le reste, nous avons un dénominateur commun : notre programme partagé.


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