« Osez le clito », pour briser le tabou de la sexualité féminine

L’association Osez le féminisme lance une nouvelle campagne contre le « tabou » qui entoure l’organe du sexe féminin. Un site internet et des affiches « Osez le clitoris » doivent aider à faire enfin parler de la sexualité féminine.

Erwan Manac'h  • 20 juin 2011
Partager :
« Osez le clito », pour briser le tabou de la sexualité féminine

« Le clitoris possède deux fois plus de terminaisons nerveuses que le gland et pourtant nous n’en parlons jamais »  : pour casser le tabou qui entoure la sexualité féminine, l’association Osez le féminisme lançait ce lundi soir une campagne de communication sans faux-semblants. Avec un slogan, « Osez le clitoris », qui vise à délier la parole sur un organe souvent occulté dans les programmes scolaires et les conversations de tous les jours.

Tantôt oublié, tantôt mutilé, « le seul organe humain consacré uniquement au plaisir » est entouré d’une méconnaissance outrageante pour les féministes. « La recherche française accuse un retard important , estime Lucie Sabau de Osez le féminisme. Et nous avons nous-même appris beaucoup de choses en préparant cette campagne tant l’ignorance est importante sur le plaisir féminin » . Sa taille, sa forme, son fonctionnement : tout… nous ignorons quasiment tout du sexe féminin. Qu’il procure du plaisir tout au long de la vie, y compris après la ménopause. Qu’il mesure 11 cm et n’a aucune autre fonction que le plaisir de la femme…

Ce lundi 20 juin en soirée, des équipes de collage sont chargées, dans toute la France, de faire du tapage autour du mot d’ordre « Osez le clito », pour faire « buzzer » un site internet dédié à la campagne : osezleclito.fr. Avec l’appui de quelques experts amis de l’association – gynécologues, chirurgiens, association de lutte contre l’excision – le site informe et décrypte les « enjeux politiques » d’un organe qui « fait peur » .

Illustration - « Osez le clito », pour briser le tabou de la sexualité féminine

«  30 % des femmes déclarent se masturber souvent, contre 50 % des hommes » , pointe Caroline De Haas, porte-parole de Osez le féminisme, en référence aux résultats d’un sondage par internet posté sur le site de l’association. « C’est bien la preuve qu’il y a un rapport au plaisir du corps qui est différent ». L’association dit d’ailleurs avoir rencontré un engouement à géométrie variable dans sa démarche : « les garçons ont l’impression de tout savoir sur le clitoris , raconte Lucie Sabau. Mais il y a une forte attente et beaucoup de questions chez les femmes ».

L’idée d’une telle campagne était dans l’air depuis plusieurs années chez Osez le féminisme. Mais en 2007,

Illustration - « Osez le clito », pour briser le tabou de la sexualité féminine

l’exposition-livre de la cité des sciences sur le « Zizi sexuel », qui prétend briser tous les tabous sur la sexualité, omet le « clito ». Un constat déclencheur pour l’association : « L’éducation sexuelle progresse dans beaucoup de domaines, sauf par rapport au clitoris , s’agace Caroline De Haas. Il est pourtant impossible de vouloir expliquer ce qu’est la sexualité sans en parler. »

En interpellant la population, l’association espère faire avancer les mentalités pour qu’une vraie prise en compte politique soit possible, dans les programmes scolaires, au service d’une éducation à la sexualité égalitaire et sans tabou. « Notre génération a encore du chemin à faire pour prendre possession de son corps , insiste Caroline De Haas. La sexualité est un espace de liberté, d’émancipation et de jouissance qui reste un lieu de pouvoir masculin. »

Illustration - « Osez le clito », pour briser le tabou de la sexualité féminine

Lucie Sabau, de Osez le féminisme, répond aux médias

Société
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Les interdictions de manifestation révèlent un affaiblissement préoccupant de l’État de droit »
Entretien • 3 novembre 2026 abonné·es

« Les interdictions de manifestation révèlent un affaiblissement préoccupant de l’État de droit »

Nathalie Tehio, avocate et présidente de la Ligue des droits de l’Homme, décrypte les mécanismes du virage autoritaire et appelle à une mobilisation collective pour défendre les libertés fondamentales.
Par Pierre Jacquemain
Depuis le 17 octobre, la surenchère autoritaire
Analyse • 3 novembre 2026 abonné·es

Depuis le 17 octobre, la surenchère autoritaire

Marine Le Pen, Jordan Bardella, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Emmanuel Macron… Les pontes de la droite et de l’extrême droite redoublent de propositions toujours plus sécuritaires face à la colère sociale.
Par Lucas Sarafian et William Jean
Un étudiant enfermé au CRA de Vincennes après son interpellation en marge d’une manifestation
Répression • 30 octobre 2026

Un étudiant enfermé au CRA de Vincennes après son interpellation en marge d’une manifestation

Seize personnes étrangères ont été enfermées au centre de rétention administrative de Vincennes après les dernières manifestations. Parmi elles, Stanislas*, 18 ans, étudiant de Paris 8, interpellé en marge de la mobilisation du 24 octobre. Ses avocats mandatés par la Legal Team Antiraciste dénoncent un « acharnement » qu’ils qualifient « d’illégal ».
Par Pauline Migevant
Martin Sellner, l’homme qui se cache derrière le concept raciste de « remigration »
Portrait • 30 octobre 2026 abonné·es

Martin Sellner, l’homme qui se cache derrière le concept raciste de « remigration »

Finalement interdit par les autorités, le Sommet de la remigration devait se tenir le 31 octobre en Île-de-France, réunissant l’extrême droite européenne et outre-Atlantique autour du projet d’expulsion massive de personnes d’origine étrangère. Star de l’événement, l’autrichien Martin Sellner, théoricien et militant identitaire qui a imposé le terme dans le débat public, a été expulsé de France. Portrait.
Par Juliette Heinzlef