PS : Arnaud Montebourg veut s'inscrire à gauche

Arnaud Montebourg a relancé sa campagne pour la primaire socialiste avec un meeting parisien, lundi 27 juin. Le candidat du courant Nouveau parti socialiste s'adresse aux « déçus de la politique » et axe son discours sur le concept de « démondialisation ». Politis.fr était sur place.

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Il déploie ses grands bras devant un auditoire fervent et disserte longuement, sans notes. Piquant ou ironique, agressif ou généreux en phrases fortes, Arnaud Montebourg, « candidat de la nouvelle France » , se délecte de l'exercice oratoire.

À la veille de l'ouverture officielle pour la campagne de la primaire socialiste, ce lundi 27 juin, le chef de file du Nouveau parti socialiste (NPS) a tenté de relancer sa candidature, déclarée en novembre 2010 à Frangy (Saône-et-Loire). Dans la fournaise du Théâtre Dejazet, dans le 11ème arrondissement de Paris, il a martelé son attachement à la VIe République et à la « démondialisation » devant 400 sympathisants et journalistes :

«  Je suis le candidat des idées nouvelles et de la France nouvelle, on ne peut pas inventer l'après Sarkozy avec les idées de l'après guerre » , lançait-il, volubile, dans une mêlée de caméras, quelques minutes avant le meeting.

Visuel de campagne d'Arnaud Montebourg

Arnaud Montebourg, qui devrait réunir sans problème les soutiens nécessaires à sa candidature, défend une « démondialisation industrielle et écologique » de l'économie : un « protectionnisme écologique et social » qui doit refaire de la France un pays industriel à la faveur d'une relocalisation des activités. «  Il faut faire coïncider le périmètre des considérations démocratiques avec celui des flux financiers, développe Bernard Cassen, co-fondateur d'Attac et ex-directeur général du Monde diplomatique qui soutient le candidat Montebourg. Si les flux sont mondiaux il faut des organes démocratiques mondiaux. »

Dans le clip de campagne qui « s'adresse aux déçus de la politique » , Micheline, Martine et les autres ne sont pas militantes mais « volontaires » . Avec tout type d'accents, ils défendent « des idées et des rêves » . Ce sera d'ailleurs le slogan de campagne et le nom du site internet du candidat Montebourg.


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L’héritier du « non » au traité européen défend une candidature de rupture avec la finance mondiale et les plans d'austérité. Il prône « la mise sous tutelle des banques » , avec l'entrée d'un membre du gouvernement ou d'un représentant des épargnants dans leur Conseil d'administration. « Il faut aussi interdire la spéculation avec l'argent des clients et séparer les activités de prêt et de spéculation » , insiste-t-il. L'ancien avocat s'en prend aux « cadeaux fiscaux » de la droite qui ont « creusé le déficit public » et ** défend la mutualisation des créances publiques au sein d'une agence européenne de la dette financée par une taxe sur les transactions financières.

En tribune, Christiane Taubirat, très à l'aise, livre une vision du monde et de l'histoire au service de la VIe République, citant Aimé Césaire, Frantz Fanon ou Amartya Sen, économise et prix Nobel : « l'économie est une science morale, qui cherche les conditions de la réalisation de la justice sociale. » Sihem Habchi, de l’association Ni pute ni soumise et l'architecte Roland Castro défendent la « République métissée », contre les contrôles aux faciès et les discriminations.

La présidente du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), Lauriane Deniaud, plaide, elle, pour le mariage homo et l'allocation au service d'un « parcours d'autonomie » pour les jeunes, comme « un investissement sur l'avenir » . Interrogé plus tôt lors d'une rencontre avec les utilisateurs de Twitter, la plateforme d'échange de messages courts, Arnaud Montebourg s'est aussi prononcé contre la dépénalisation du cannabis, « car les dégâts sont importants sur le terrain et nous menons déjà des politiques de prévention dans les collectivités ».

Photo de profil Twitter d'Arnaud Montebourg

« Laissant tomber un instant la pudeur » , le tribun de la Bresse évoque l'histoire de sa famille, prolétaire et artisane, et celle de son grand-père immigré algérien, pour casser l'image « gauche caviar » que ses diatribes ampoulées ont contribué à construire. C'est Jean Launay, député socialiste du Lot, qui anticipe une seconde critique majeure contre le candidat Montebourg : pourfendeur du cumul des mandats, il s'est renié en 2008 pour devenir président du Conseil général de Saône-et-Loire en plus de son mandat de député. C'était « parce qu'il a besoin d'être très implanté sur le terrain » , explique Jean Launay.

La salle suinte et s'évente, supportrice et réactive, pour se donner le courage de croire, comme Gérôme Guibert, porte-parole du pôle écologique du PS, en un « flot d'espoir qui va grossir jusqu'à l'automne » . « Les primaires, c'est la victoire de la société sur les appareils » , se félicite Montebourg entre deux références courtoises à Martine Aubry et François Hollande. Puis « le candidat des déçus de la politique » quitte la salle au son reggae-dance de Khaled et Magic System : «On est pas fatigué, ce soir on va danser». La rythmique est efficace, les paroles sommaires : la primaire est lancée.

Illustration - PS : Arnaud Montebourg veut s'inscrire à gauche


Retrouvez notre dossier sur la «démondialisation» : un faux débat ?

Jeudi 7 juillet en kiosque et sur Politis.fr



Photo : visuel de campagne (capture d'écran), AFP / Miguel Medina

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