Le rapport qui fait mal à Sarko

Christine Tréguier  • 14 juillet 2011
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Claude Guéant et une floppée de députés UMP n’apprécient pas, mais alors pas du tout, le rapport que vient de publier la Cour des comptes sur l’organisation et la gestion des forces de sécurité publique. À les croire, ce ne serait qu’un ramassis d’ « inexactitudes, erreurs d’analyse et oublis » , un manque total d’objectivité, voire, ultime insulte, de l’ « idéologie » . Le fait est que ledit rapport met à mal la réalité de la réussite de l’UMP en matière de lutte contre la délinquance. C’est le premier du genre, et il n’a d’ailleurs pas été initié par l’actuel président PS de la Cour des comptes, Didier Migaud, mais par son prédécesseur, Philippe Séguin. Son bilan est très sévère – dépenses inutiles, manipulations, incohérences – et, en période électorale, ce genre de critiques indispose.

Pourtant, comme le fait remarquer le sociologue Laurent Mucchielli sur son blog du Monde , les sages n’ont guère fait que recueillir et analyser les données transmises par les forces de l’ordre et constater des dysfonctionnements que les experts connaissent de longue date. En premier lieu, la question des fameuses statistiques, qui, année après année, sont utilisées pour démontrer la baisse de la délinquance. Elles sont calculées à partir de l’état 4001, qui regroupe tous les crimes et délits portés à la connaissance des services de police et de gendarmerie. « Il agrège des faits disparates qui n’ont pas tous le même impact statistique sur l’évolution d’ensemble de la délinquance » , soulignent les sages, et il peut être interprété, voire ajusté. Exemple, les atteintes aux biens ont réellement diminué, mais du fait de l’amélioration des systèmes de sécurité (automobiles, lieux publics). Les atteintes aux personnes, elles, sont en forte augmentation (+20 %). Et si les escroqueries sont stables, c’est en grande partie parce que la police n’enregistre plus les plaintes concernant les arnaques aux cartes bancaires.

Autre problème, la « culture du résultat » et la « gestion des services par objectifs chiffrés », qui ont des effets pervers. Dans le cas des affaires de stupéfiants, par exemple, le rapport constate que « pour améliorer leurs résultats quantitatifs… les services ont accordé une priorité croissante à la constatation de l’infraction la moins lourde, l’usage simple de produits stupéfiants sans revente » , au détriment de l’arrestation des trafiquants.

Mais c’est en matière de gestion des effectifs qu’il souligne le plus d’incohérences. Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux a annulé pour moitié les renforcements d’effectifs de police de 2003 à 2009. La présence sur la voie publique est faible (1/3 des effectifs) et les absences fréquentes. Les policiers les moins aguerris sont souvent affectés dans les zones les plus difficiles, et « la répartition territoriale des effectifs laisse subsister d’importantes inégalités entre les circonscriptions de sécurité publique, révélatrices de situations de surdotation ou de sous-dotation au regard des niveaux de délinquance » .

Enfin, les sages s’interrogent sur le bien-fondé de l’investissement dans la vidéosurveillance. Ils ont pris la peine de recompter les caméras installées (100 000 et non 200 000), d’évaluer le coût de leur triplement – 300 millions d’euros plus 300 millions de frais d’exploitation. Et insistent sur le fait que «  l’importance des sommes en jeu justifie que l’efficacité des dispositifs de vidéosurveillance de la voie publique soit évaluée  ». On ne saurait mieux dire.

Le billet de Laurent Mucchielli : http://insecurite.blog.lemonde.fr/2011/07/08/rapport-de-la-cour-des-comptes-sur-la-politique-de-securite-ou-est-le-probleme/
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