Changer d’ère / L’entourloupe nucléaire de Hollande

Benjamin Dessus  • 29 septembre 2011 abonné·es

Au cours du premier débat de la primaire socialiste, en fin d’émission, enfin une vraie confrontation entre les deux favoris des sondages : François Hollande somme Martine Aubry de nous dire quelle part de nucléaire elle préconise en 2025. Pour lui, la chose est claire : 50 % contre 75 % aujourd’hui.

Martine Aubry tente de répondre que la question principale n’est pas tant la proportion de nucléaire en 2025, mais la volonté ou non d’un arrêt complet à terme de la production d’électricité nucléaire. S’ensuit un débat confus, au terme duquel François Hollande se félicite finalement, un peu vite mais avec une satisfaction gourmande manifeste, d’une convergence de vues apparente autour de ce fameux 50 % en 2025. Personne, cependant, n’a pensé à poser une question élémentaire : 50 %, certes, mais de quoi ?

Autrement dit, la moitié de quelle production d’électricité pour la France en 2025 ? Pour les plus productivistes du PS, avec un rythme de croissance des besoins d’électricité d’au moins 2 % par an considéré comme le minimum indispensable (sans même compter leur engouement immodéré pour les voitures électriques), la production française nécessaire passerait de 569 térawattheures (TWh) en 2009 (dont 428 TWh de nucléaire) au minimum à 770 TWh en 2025.
Faire passer la part du nucléaire de 75 % à 50 % reviendrait donc à la faire tomber de 428 à 385 TWh à cet horizon, soit à peine 43 TWh à gagner. Pas de quoi fouetter un chat : il suffit de fermer les centrales de Fessenheim et du Tricastin, de quoi faire plaisir aux écologistes, tout en maintenant la construction de Flamanville, et le tour est joué.

Bien entendu, cela ne change strictement rien au danger couru par nos concitoyens, et cela suppose de lancer de nouveaux EPR après Flamanville pour remplacer les centrales qui deviendront obsolètes en 2025 !
On peut aussi, comme le prônent d’autres au PS, décider de se désengluer vraiment du nucléaire en engageant une politique volontariste d’économies d’électricité, sur le modèle des Allemands. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont fait quand ils ont décidé (la première fois) d’abandonner l’atome civil en 1998. Un résultat : alors qu’ils consommaient autant d’électricité par habitant qu’en France en 1998 dans le secteur domestique (hors chauffage électrique, qui reste une spécialité française), les Allemands en consommaient 27 % de moins en 2010.

La situation change alors du tout au tout : si l’on suit une trajectoire similaire à celle constatée outre-Rhin, le besoin de production d’électricité tombe autour de 400 TWh dès 2020. Et si l’on tient les engagements du Grenelle concernant l’électricité renouvelable (atteindre au total 140 TWh), il n’y aurait alors besoin que de 260 TWh au plus d’électricité nucléaire ou fossile pour boucler le bilan en 2020.
Alors, et seulement dans ce cas, on constate que « 50 % de nucléaire dans la production de 2020 » correspond à peu près à la fermeture d’une moitié des réacteurs nucléaires : Hollande pour de vrai d’accord avec Aubry, et pas au prix d’un escamotage de grande ampleur, qui dénote au mieux une méconnaissance du dossier, de l’acabit de la médiocre passe d’armes entre Sarkozy et Royal lors de leur face-à-face du deuxième tour de la présidentielle de 2007.

Afficher une part plus ou moins grande de production nucléaire dans le bilan électrique français à l’horizon 2025 n’a donc pas de véritable signification vis-à-vis de la question, d’une tout autre nature, de l’engagement politique d’une sortie progressive du nucléaire. Finalement, quel objectif de fond poursuit le candidat ? Abandonner à terme le nucléaire ou bien tendre à un simple rééquilibrage de la production électrique sans renoncer à laisser une place (conséquente) au nucléaire ? C’est à partir de questions posées aussi clairement que les citoyens que nous sommes pourront exercer le choix de leur candidat sur ce sujet déterminant.

Écologie
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