DSK sur TF1 : premier acte de la « reconquête » médiatique

Invité dimanche soir du journal de 20h de TF1, Dominique Strauss-Kahn a mis en scène son mea culpa et assuré sa défense. Un conseiller en relations presse analyse la «stratégie de communication » de l’ex-directeur du FMI.

Erwan Manac'h  • 19 septembre 2011
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DSK sur TF1 : premier acte de la « reconquête » médiatique
© Image : [capture d'écran TF1](http://www.youtube.com/watch?v=OsoW5Hc3cko)

Cela devait être « l’événement du week-end ». Dimanche soir sur TF1, DSK est sorti de son silence. Avec un programme bouleversé pour l’occasion, TF1 a capté l’attention de 13,4 millions de téléspectateurs. Un record d’audience pour un JT depuis le 7 novembre 2005 et la venue du Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, sur le plateau de la première chaîne, en pleines violences urbaines.

L’ancien directeur du FMI a battu sa coulpe, reconnaissant une « faute morale » , avant de se montrer offensif contre Nafissatou Diallo et le journal l’Express , qu’il qualifie de « Tabloïd ».

Jean-Philippe Lecocq, directeur associé de l’agence de relations médias Profile PR, analyse l’opération de communication de Dominique Strauss-Kahn :

Qu’avez-vous pensé de l’intervention DSK sur TF1 ?

C’était évidemment une intervention prémâchée et préparée au cordeau. Il n’y a pas eu beaucoup de spontanéité. Le cadre de l’interview était bien défini, les questions étaient grosso modo connues à l’avance. On ne pouvait pas aller beaucoup plus loin dans le dialogue. C’est un exercice de com’ qui n’est pas facile, mais il était bien encadré. Les tractations entre l’équipe de communicants de DSK et la rédaction TF1 leur ont permi de s’entendre sur un pilote de l’entretien et sur les principales questions abordées. Nous savions dès vendredi qu’il n’y aurait pas de question piège.

Pourquoi avoir choisi TF1, alors que – comme vous le dites sur votre blog – DSK n’est plus intervenu sur la Une depuis les années 1990, lorsque sa compagne Anne Sinclair a été limogée de la chaîne ?

Les raisons sont très simples : TF1 enregistre des audiences maximales à cette heure-ci. Il va désormais y avoir un deuxième acte, avec l’interview qui devrait sortir dans Le Point cette semaine. Je suis aussi persuadé que nous aurons un troisième acte sous la forme d’un reportage dans Paris Match dans les prochaines semaines, sous un angle un peu plus glamour : « La nouvelle vie du couple Strauss-Kahn – Sinclair ». La stratégie de communication est bien préparée : ne pas parler dans un premier temps, puis reprendre progressivement la parole, en commençant par une télé de grande audience. L’interview commence aussi sur un mea culpa et « la faute morale » avant de finir sur la vision d’ex-directeur général du FMI expert connu et reconnu, homme du pouvoir financier. Cela visait à gommer ce qui venait d’être dit.

Comment une telle intervention se prépare-t-elle ?

Il s’est bien entraîné. Les mots ont dû être pesés et l’intervention bien répétée. Venir avec le rapport et l’agiter pendant l’interview, conserver un visage fermé sans sourire… C’est une gestuelle importante qui était préparée par son équipe de communicants. Ça fait partie d’une stratégie de communication.

Cela manquait donc de sincérité ?

Non, pas forcément. Je pense qu’il a pris conscience du « rendez-vous manqué » avec les Français et qu’il s’agit pour lui d’un échec aussi bien personnel que pour ceux qui le soutenaient. Et puis il s’agit du journal de 20h et d’un homme politique connu, le manque de sincérité vient aussi de ce format. Nous sommes chez Claire Chazal, pas chez Mireille Dumas. Ce n’était pas non plus un épisode de « Vie ma vie ». On ne pouvait pas s’attendre à plus. L’exercice n’est pas facile.

Et maintenant ?

Avant l’affaire du Sofitel, DSK était entouré d’une équipe de communicants, dont Stéphane Fouks le patron d’Euro-RSCG [l’agence de communication du groupe Havas, NDLR]. Ils font aujourd’hui partie de la reconquête médiatique de Dominique Strauss-Kahn. C’est quelque chose qui va avoir des «respirations médiatiques» sur du long terme. DSK doit reconquérir le public français et ça ne se fera pas du jour au lendemain.

Illustration - DSK sur TF1 : premier acte de la « reconquête » médiatique

Médias
Temps de lecture : 3 minutes
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