Touche pas à ma police !

Christine Tréguier  • 20 octobre 2011
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Fin septembre, un collectif citoyen et anonyme lance le site copwatchnord-idf. C’est le premier du genre en France et il s’inspire des sites américains de copwatching (« surveillance de la police »). Le premier d’entre eux, né en 1990 à Berkeley, est aujourd’hui toujours actif et dénonce les abus policiers. Le phénomène a fait école et pris de l’ampleur, à la suite de l’affaire Rodney King, ce jeune Afro-Américain dont un particulier avait filmé le violent tabassage par la police de Los Angeles.

Si le discours du collectif français est inutilement agressif et provocant, l’objectif du site, lui, est plutôt louable : diffuser articles et images attestant des violences policières et constituer des bases de données «   accessibles à tous, permett[ant] à toute personne victime d’abus, d’humiliations ou de violences de la part des flics, d’identifier le ou les policiers auteurs de ces actes   » . En ligne, trois ébauches de trombinoscopes pour Lille, Calais et Paris, où figurent des photos, accompagnées pour certaines du nom, du grade et parfois de commentaires type «   attitude agressive   » , «  stratège des guets-apens et chasse aux pauvres  » ou «  violent en garde à vue  » . Les militants dénoncent également les liens entre policiers et mouvance néonazi, citations et copies de pages Facebook à l’appui.

Mais, en France, on ne critique pas la police impunément. Souvenez-vous de l’acharnement du gouvernement Sarkozy à faire condamner pour diffamation Clément Schouler, membre du Syndicat de la magistrature. Objet du délit, Vos Papiers ! , un petit livre dont le dessin de couverture montrait un policier à tête de cochon et qui affirmait que les contrôles au faciès se multipliaient. Une bluette, comparéE à Copwatch, qui nargue les flics en leur promettant «  la fin de l’impunité  » .

Le syndicat de police Alliance et le ministre de l’Intérieur ont illico attaqué ce « site antiflics » coupable d’injures et de diffamation, exagérant même la menace pour les fonctionnaires et leur famille en prétendant qu’il livrait leurs adresses, ce qui n’est pas le cas.Faute de pouvoir le faire fermer – il est hébergé sur un serveur américain –, Claude Guéant s’est retourné en référé contre les cinq principaux fournisseurs d’accès Internet pour les obliger à bloquer non pas tout le site, mais une liste de pages (essentiellement celles des bases de données). Problème, ont répondu les FAI, ils ne disposent pas des outils pour filtrer sélectivement ces pages. Le juge, reconnaissant le caractère diffamatoire de certains propos et l’illégalité des bases de données, a donc opté pour le blocage total du site, aux frais du ministère, en l’attente d’une décision définitive statuant sur les deux plaintes sur le fond déposées par le ministre de l’Intérieur. Celui-ci s’est félicité d’une décision qui « [met] fin au grave préjudice dont sont victimes les hommes et les femmes de la police nationale ».

Rien n’est moins sûr. D’une part, les magistrats pourraient bien estimer que le blocage total est disproportionné et s’apparente à de la censure. D’autre part, la médiatisation de l’affaire a fait fleurir les sites miroirs, qui, eux, ne sont pas concernés par le blocage. Claude Guéant va devoir les faire fermer un par un, aux frais du contribuable. Ou se résoudre à ce que sa stratégie de communication ait amplifié le problème.

Le site Copwatchnord-idf : https://copwatchnord-idf.org
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