En 2012, le PS sera austère

La conseillère économique de François Hollande a esquissé un projet socialiste marqué du sceau de la rigueur budgétaire, chiffrant à 50 milliards d'euros le plan d'économie nécessaire pour viser l'équilibre et rassurer « les marchés financiers ». Malaise.

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Rigueur ou austérité : le choix proposé par les principaux partis français pour la présidentielle de 2012 devrait être placés sous le signe de la restriction budgétaire. C'est ce qu'a confirmé vendredi 18 novembre Karine Berger, conseillère de François Hollande pour les questions économiques. Soucieuse de « faire comprendre ce qu'on veut faire aux marchés financiers » , elle a annoncé à l'agence Reuters que le Parti socialiste envisage pour 2012 et 2013 un plan d'économie pour ramener le déficit français à 3 % dès 2013, venant s'ajouter au plan d'économie annoncé le 7 novembre par François Fillon, chiffré à 18,6 milliards d'euros.

« On parle de 50 milliards » a déclaré l'économiste, estimant qu'il « faut évidemment continuer un contrôle des dépenses extrêmement strict. » « C'est un truisme de le dire. Ce ne sont pas des propos révolutionnaires », minimise Jérôme Cahuzac, responsable des questions de finances et de comptes publics pour François Hollande.

Ces derniers jours, l'entourage du candidat Hollande a dû prendre ses distances avec le projet socialiste en attendant la publication, fin janvier ou début février, du programme du candidat. Les 300000 « emplois d'avenir » et les 10 000 postes de policiers supplémentaires devraient notamment être mis entre parenthèses. «  À ce stade le projet n'est pas encore prêt », insiste Karine Berger, contactée par téléphone. Elle confirme toutefois que le nombre de fonctionnaires n'augmentera pas en cas de victoire de la gauche : la création de 60 000 postes annoncée dans l’Éducation nationale en cinq ans sera ainsi compensée par des départs en retraite ailleurs. « On fera tout pour conserver la note ' triple A '  , [attribuée par les agences de notation aux emprunts de la France sur les marchés financiers] et si, par malheur on devait la perdre, on s'engage à tout faire pour la rétablir » , a-t-elle promis.

« Rien de neuf ! »

Un brin gêné par le retentissement de ces déclarations, Jérôme Cahuzac veut surtout attendre que la campagne commence pour insister sur la « confrontation des projets, en temps voulu » : « Je crois qu'il y a un malentendu, précise-t-il à Politis.fr. J'imagine que les 50 milliards d'euros dont parle Karine Berger correspondent à l’écart entre les prévisions de Commission européenne et les annonces du gouvernement » pour rentrer, d'ici 2013, dans la règle européenne qui impose un déficit de 3 %1. « Je n'ai rien dit de neuf, insiste Karine Berger, surprise par l'écho que ses déclarations ont eu dans la presse. Ce qui est clair, c'est que nous devons trouver les moyens d'avoir moins de 3 % de déficit public en 2013. »

Ce choix d'un retour rapide à un déficit de 3 % est pourtant contesté au sein même du PS et révèle une ligne de fracture entre la droite et la gauche du parti. « Cet objectif est absolument irréaliste et irresponsable, estime Liêm Hoang-Ngoc, député européen socialiste, maître de conférences à Paris-I (et chroniqueur pour Politis) . Dans un contexte où l'économie plonge, chercher à réduire de façon comptable les déficits peut entrainer un cercle vicieux : on attisera l'inquiétude des marchés en faisant de la rigueur, car cela engendre une baisse de la croissance qui entraîne des chutes de recettes fiscales et creuse les déficits. Tous les macroéconomistes vous le diront, aucun pays européen ne pourra atteindre 3% de déficit en 2013. »

Le danger du « UMPS »

Avec la victoire de François Hollande à la primaire socialiste, la gauche libérale a repris du poil de la bête ; l'équipe de campagne s'est construite autour de la droite du parti. « Espérons que François Hollande écoute les solutions que les socialistes européens préconisent pour relancer l'investissement, ajoute Liêm Hoang-Ngoc, qui redoute qu'en prônant une rigueur de gauche, Hollande n'alimente les critiques de l'extrême droite sur le « UMPS ». Il faut défendre les politiques " anticycliques " , c'est-à-dire stimuler la croissance lorsque la récession menace et réduire les déficits lorsque la croissance est consolidée. De toute façon la France va perdre son " triple A " , car les agences de notation anticipent la récession qui rendra la détention des dettes souveraines de plus en plus risquée pour les banques. Autant mener alors la moins mauvaise des politiques et affirmer haut et fort qu'une politique progressiste est supérieure à une politique néolibérale.»


  1. « La Commission a chiffré le déficit français en 2013 à 5%, contre les 3% estimés par le gouvernement, a précisé Jérôme Cahuzac. Cet encart de deux points représente 40 milliards. Cette même commission évoque aussi une croissance de 0,6% au lieu de 1%. Cela fait 50 milliards d'euros. Entre la prévision de la commission et les annonces du gouvernement, il y a donc un écart de 50 milliards d'euros. » 


Photo : AFP / Patrick Kovarik

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